Jean Bizet : « TAFTA : affirmer l’Europe-puissance ! »

Le verdict vient de tomber : la France s’opposera au traité transatlantique de libre-échange (Tafta, ou TTIP) tant que des « progrès significatifs » n’auront pas été obtenus. Par cette décision, le président de la République prend le risque d’affaiblir et d’isoler un peu plus la France sur la scène internationale. Il démontre aussi son incapacité à dépasser les querelles internes du PS qui rêvait de prendre ce traité en otage jusqu’à l’élection présidentielle. En voulant plaire à son électorat de gauche, il donne raison aux anticapitalistes primaires et encourage la tentation du repli qui sommeille en beaucoup de nos concitoyens.

On est pourtant loin de l’hydre tentaculaire dont certains qualifient honteusement le projet. Les Etats-Unis et l’UE entretiennent des échanges commerciaux intenses. Le TTIP n’est donc pas un saut dans l’inconnu. Davantage tourné vers le rapprochement des normes que la baisse proprement dite des taxes douanières – quasiment arrivée à terme –, il prévoit de s’attaquer aux procédures et entraves administratives liées aux échanges, qui entraînent un surcoût de l’ordre de 15 %.

Débouchés. Pratiquement tous les secteurs industriels (automobile, cosmétique, chimie) auront des opportunités à saisir. Si des filières agricoles sont encore inquiètes, comme celle de la viande rouge, le traité peut justement leur donner l’occasion unique de se restructurer, d’entrer dans la mondialisation. Ceux qui voient dans le TTIP un texte taillé pour le CAC40 doivent savoir que nos grandes entreprises n’ont pas attendu ces négociations pour pénétrer le marché américain. Le traité sera en revanche une aubaine pour nos PME qui n’ont pas la taille de leurs homologues allemandes et ont besoin de débouchés pour se développer.
Le TTIP vise le rapprochement des normes européennes et américaines pour en faire à terme des « références mondiales ». Si nous n’y parvenons pas, elles nous seront bientôt imposées par la Chine ou l’Inde.

Au-delà, le TTIP vise le rapprochement des normes européennes et américaines pour en faire à terme des « références mondiales ». Si nous n’y parvenons pas, elles nous seront bientôt imposées par la Chine, l’Inde ou d’autres régions du monde, avec les standards de sécurité que l’on connaît. Nous avons donc l’obligation de réussir. Cette recherche d’équivalence des normes ne se fera pas au détriment de nos préférences collectives. Le TTIP, comme tout autre accord commercial signé par l’UE, n’exigera pas des Etats membres qu’ils libéralisent, déréglementent ou privatisent leurs services publics ou la culture, secteurs de toute façon exclus des négociations.

Le TTIP est enfin et surtout une occasion unique pour l’Europe de s’affirmer comme une Europe-puissance et de dépasser son statut d’Europe-espace. Avec un marché de 500 millions de consommateurs, des volumes de productions importants et une image de marque dans le monde entier, l’Europe n’a rien à craindre du TTIP si elle se montre capable de défendre ses intérêts. Il faut en finir avec l’Europe naïve qui subit constamment les décisions des autres puissances. L’Europe doit désormais exiger systématiquement la réciprocité dans les négociations internationales et renforcer son arsenal juridique pour s’affirmer face aux Etats-Unis. Les Américains ont adopté un American buy act : adoptons un European buy act ! Ils appliquent l’extraterritorialité des lois américaines : mettons en place celle des lois européennes !

Le Sénat a compris depuis longtemps les enjeux du TTIP. Une majorité de sénateurs, dépassant le clivage droite/gauche, souhaite s’inscrire dans ce traité de 3e génération qui donnera à l’UE les moyens de faire entendre sa voix dans le jeu du commerce international. Le reste du monde s’organise. La France n’a pas le droit de condamner l’Europe à rester en dehors de la course mondiale à la compétitivité.