Hugues Portelli : « L’Observatoire de la laïcité ne sert à rien ! » Le Figaro

Hugues Portelli, juriste, sénateur du Val-d’Oise, membre du parti les Républicains, revient sur la polémique qui a visé cette semaine Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité. Vendredi ce dernier a appelé, à sortir de cette crise en se « rassemblant sur l’essentiel » pour sauvegarder « la laïcité, coeur précieux de la République. »

Pourquoi avez-vous démissionné de l’Observatoire de la laïcité ?

Contrairement à ce qui a été écrit, je ne viens pas de démissionner mais j’ai posé cet acte le 19 novembre 2015 parce que je trouvais que l’organisation de l’Observatoire de la laïcité laissait à désirer, avec des réunions sans cesse reportées et parce que cette instance devenait le lieu de conflits idéologiques sans fin. Ceux du clan laïque mais aussi ceux du gouvernement et du Parti socialiste, où s’opposaient les tenants d’une laïcité dure et les partisans d’une laïcité souple. Le président du Sénat, Gérard Larcher, me consultant le 21 janvier à ce sujet, a donc décidé le jour même, de ne pas me remplacer dans cette instance tant que la confusion actuelle durerait. Cette démission n’est donc pas liée à la polémique récente, mais elle exprimait ce malaise bien avant qu’il n’éclate sur la place publique.

Pourquoi cette crise s’exprime à présent ?

La goutte qui a fait déborder le vase est liée aux actes de terrorisme urbain récents. Quelle attitude l’Observatoire de la laïcité devait-il adopter face à l’islamisme radical ? Les durs estimaient qu’il ne fallait entretenir aucune relation avec les courants de l’islam de France proches des Frères musulmans ou de l’islam intégriste.

Qu’en pensez-vous au fond ?

Je pense que l’État doit favoriser la liberté religieuse tout en garantissant la neutralité des services publics et des institutions. À vrai dire je me demande qui a besoin d’un Observatoire de la laïcité car les choses se passent bien et il n’y a rien à ajouter aux décisions du Conseil d’État ou du Conseil constitutionnel quand ils sont saisis sur des questions touchant à l’application de la laïcité. Je pense au fond que l’Observatoire de la laïcité ne sert à rien. L’État dispose d’une vision claire et des outils nécessaires pour gérer la laïcité et il n’a pas besoin d’une structure de ce genre. Au quotidien, les tribunaux font très bien leur travail. Quant aux religions, elles sont assez grandes pour dialoguer entre elles ou avec l’État. Et quand se pose un problème d’ordre public, l’administration de l’État assure sa fonction régalienne.

Un tel organisme peut toutefois servir à la clairvoyance pour prévenir des crises ?

Si l’Observatoire de la laïcité était un rempart contre les dérives religieuses en France cela se saurait ! Je suis un élu de terrain, maire d’une commune depuis des décennies dans le nord de l’Île-de-France. Nous savons quand les salafistes construisent des mosquées. Nous savons surtout que les salafistes fonctionnent par réseaux et se fréquentent en dehors des mosquées officielles. Autre exemple, ma commune, Ermont dans le Val-d’Oise, propose des menus sans viande de porc depuis quinze ans. Mais quand des salafistes viennent nous voir pour demander des menus halal ou des menus végétariens, ce n’est pas possible ! De même quand des mères refusent d’accompagner des enfants à la piscine parce qu’elles récusent la tenue adaptée à la situation ! Voilà le genre de problèmes auxquels nous sommes confrontés. Nous n’avons donc pas besoin de grands débats intellectuels sur la laïcité. Le véritable enjeu, ce sont les programmes scolaires, l’accès des citoyens au service public, la neutralité de l’État... Mais c’est aussi faire en sorte que l’on ne confonde pas, en France, le témoignage respectable de tout croyant avec le prosélytisme...