Jean Bizet : « Victoire de Syriza en Grèce : N’accusons pas l’Europe de tous les maux ! »

Dimanche soir, les Grecs ont nettement accordé leur confiance au parti Syriza, exprimant ainsi leur rejet de la politique d’austérité menée dans le pays ces dernières années. Les coupes sévères dans les finances publiques exigées par la troïka, (Commission européenne, FMI et BCE), bien que nécessaires sur le plan économique et financier, ont touché de plein fouet le peuple grec qui a fini par succomber aux promesses d’Alexis Tsipras, ardent défenseur d’« un avenir autre que l’austérité ».

Ce cri de détresse doit bien sûr être entendu à Bruxelles et à Washington. Pour tenir compte du verdict des urnes sans pour autant renoncer à ses principes, la troïka doit inventer une nouvelle méthode et tenter d’inverser l’équilibre de l’actuel Protocole d’accord : moins d’austérité et plus de réformes structurelles. Concrètement, la troïka concèderait au pays un bol d’air financier ; en contrepartie, Athènes prendrait l’engagement de mettre en œuvre des réformes structurelles, seule voie possible pour retrouver une croissance durable et une capacité à rembourser la dette.

Cette nouvelle approche n’est d’ailleurs pas incompatible avec le discours d’Alexis Tsipras, dont le programme insiste sur la nécessité de réformer l’État en profondeur : lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, achèvement du cadastre, réforme de la justice et de l’administration, etc. Autant de réformes à effectuer qui figurent depuis toujours dans le Protocole d’accord conclu avec la Troïka, mais qui jusqu’alors n’ont pas vu le jour. En votant pour Syriza, les Grecs ont aussi voulu montrer qu’ils attendaient un changement radical de système.

Reste que si les Grecs sont souverains, la main tendue par l’Union européenne ne doit pas être un chèque en blanc. La Grèce a pris des engagements auprès de ses partenaires européens. Elle doit les tenir. L’Europe n’a pas les moyens d’accepter une restructuration de la dette grecque, car un tel choix aboutirait en réalité à y renoncer, au moins partiellement. Cette décision serait d’autant plus incompréhensible que la dette, détenue à 80 % par les États de la zone euro, par le MES et le FMI, est jugée « soutenable » compte tenu de la durée des prêts (de 25 à 30 ans) et des taux d’intérêt pratiqués (0,80 % en moyenne).

A ceux qui seraient aujourd’hui tentés d’accuser l’Europe de tous les maux de la Grèce en la rendant responsable de l’austérité, rappelons-leur que l’Europe est venue aider le pays à un moment où il était au bord du gouffre. Tous les mécanismes de soutiens publics ont été sollicités. Le budget de l’Union a lui aussi été mis à contribution : 5 milliards d’euros par an depuis 10 ans. Certes, en sauvant Athènes, l’Union européenne se sauvait elle-même, mais les choses ont été faites, le pays a été aidé, perfusé. Ses partenaires européens ont à l’époque fait le choix de la solidarité, sans être vraiment dupes d’ailleurs des anomalies budgétaires du pays et des difficultés qu’il aurait à affronter.

L’Allemagne et la France, principaux contributeurs de l’aide à la Grèce, seraient les premiers pénalisés par une annulation des dettes contractées. Car si les prêts, aujourd’hui, engagent les signatures des États mais ne pèsent pas directement sur les finances publiques, il en serait différemment si la Grèce faisait défaut. Ni le contribuable français ni le contribuable allemand n’accepteront de payer les conséquences des errements passés des gouvernements grecs successifs. Pour la France, l’addition s’élèverait aujourd’hui à 1 500 € par contribuable. En demandant l’annulation de la dette grecque, Monsieur Mélenchon semble donc ravi de payer la note, par pure idéologie. Il démontre une fois de plus le peu de cas qu’il fait du pouvoir d’achat des Français.

Les élections à Athènes doivent enfin être l’occasion d’un nouveau départ dans les relations entre la Grèce et ses partenaires financiers. Cela passe par une réforme du dispositif institutionnel. Avec la Troïka, les Grecs se sont sentis humiliés et ont eu le sentiment que leur avenir s’écrivait sans eux. Les efforts demandés ont été vécus comme des sacrifices. La Grèce ne doit plus « subir » le plan de sauvegarde mais devenir partie prenante à sa mise en œuvre et à son succès. Inventons un mécanisme qui associera plus étroitement la Grèce aux décisions du FMI, de la Commission européenne et de la BCE. La Troïka est morte, Vive le Quartet !