Jean Bizet : « Levée partielle de l’embargo russe sur le porc : Un soulagement pour la filière porcine française ! »

L’annonce d’une reprise partielle des exportations françaises de porc vers la Russie dans les prochaines semaines est un véritable soulagement pour la filière porcine française, durement touchée depuis un an par les conséquences de l’embargo russe sur le porc européen.

En février 2014, Moscou avait décrété un embargo sanitaire pour l’ensemble des pays de l’Union européenne, en motivant officiellement sa décicion par la découverte de quelques cas de peste porcine africaine (PPA) chez des sangliers morts en Lituanie et en Pologne. Il était dès lors incompréhensible que la France, située à plus de 2 500 km des foyers de peste porcine, soit pénalisée.

La levée de l’embargo, qui résulte d’un accord trouvé le 14 janvier à Berlin lors d’une rencontre entre services vétérinaires russes et français, valide définitivement l’absence de risque de propagation du virus et met fin à une décision clairement disproportionnée et non conforme aux règles de l’OMC.

Cet accord va surtout permettre aux éleveurs de porc français de reprendre leurs échanges de porcs vivants, d’abats et de graisses porcines vers la Russie, un marché estimé à près de 100 millions d’euros.

La situation était devenue intenable pour les deux parties. En France, on estime que l’embargo a coûté environ 70 000 EUR pour un éleveur moyen, provoqué une perte de 6 à 7000 tonnes de débouchés par mois, et entraîné une saturation des stocks sans précédent. En Russie, les efforts déployés pour trouver des marchés de substitution plus éloignés, au Brésil ou en Chine, ont entrainé une flambée des prix pour les consommateurs et une baisse drastique du pouvoir d’achat pour les citoyens russes.

Le Ministre de l’agriculture, qui s’est réjoui à juste titre de cette bonne nouvelle, doit néanmoins rester vigilant sur les conditions techniques qui restent à définir avant une reprise effective des exportations. Il devra notamment veiller à ce que les autorités russes n’exigent pas de nouvel agrément, ce qui déclencherait de nouvelles inspections des outils de production et ferait perdre encore un temps précieux aux éleveurs de porc dont les trésoreries sont déjà exsangues.

Cette première victoire n’est que la première étape vers un rétablissement normal des relations agricoles entre l’Union européenne et la Russie. Rappelons que la viande de porc reste toujours sous le coup d’un deuxième embargo politique sur les produits alimentaires, décrété par Moscou le 6 août dernier sur fond de conflit ukrainien.

La Commission européenne et les dirigeants européens doivent maintenant prendre leurs responsabilités et négocier en parallèle une levée de ce deuxième embargo qui a assez duré. Les agriculteurs n’ont pas à payer les effets d’une guerre diplomatique et psychologique dont ils ne sont en rien responsables.