Journée parlementaire de Marcq en Baroeul : Intervention de Jean-Claude Gaudin

Cette journée des deux groupes parlementaires de l’UMP, c’est en quelque sorte notre vraie rentrée politique, la rentrée de l’opposition.

Nous avons pris acte bien sûr des élections présidentielles et législatives, de notre échec injuste et du mensonge au peuple que constituent le programme et la victoire des socialistes.
Nous avons dénoncé aussi, au retour de l’été insouciant du Président et des Ministres à la plage, les 100 premiers jours pour rien du nouveau pouvoir.

Pour rien si ce n’est pour démolir les réformes qui avaient été faites par nous, avec l’anti-Sarkozisme comme unique mot d’ordre et ultime horizon, c’est à dire le degré zéro de l’ambition politique pour la France, c’est à dire une signature pitoyable pour les 100 premiers jours du nouveau pouvoir.

Aujourd’hui, on est dans une nouvelle phase où l’on voit le pouvoir socialiste piqué au vif par la descente vertigineuse des sondages, multiplier les initiatives pour faire croire qu’il est fidèle à son programme, mais surtout démultiplier la communication pour anesthésier l’opinion.

Dans cette course poursuite entre les réalités de la situation française et les illusions des promesses, le pouvoir socialiste a déjà perdu la bataille. Et aujourd’hui, à quelques kilomètres de la frontière belge, on est déjà plus proche de Waterloo et de la Bérézina que d’Arcole et d’Austerlitz.

La croissance n’est pas repartie, l’économie s’est encore ralentie, les entreprises ont de plus en plus de difficultés et le chômage continue à augmenter. Tout cela parce que le gouvernement socialiste n’a encore absolument rien fait pour réduire les déficits, pour réformer le marché du travail, pour améliorer la compétitivité de l’économie, pour aider les entreprises, et donc pour diminuer le chômage. Bien sûr que la crise est là, mais alors il ne fallait pas promettre n’importe quoi !

Et donc, les premières vendanges socialistes seront celles des feuilles d’impôt des Français avec 20 milliards de dépenses supplémentaires. Il a suffi que la presse, pourtant très complaisante avec les socialistes, commence à pointer du doigt l’impréparation et l’amateurisme du gouvernement pour qu’il décide de réunir au pas de charge le Parlement en session extraordinaire.

Pour travailler tout le mois de septembre, on aurait pu le penser, et bien non, simplement trois jours pour faire contre feu à l’opinion et pour adopter un projet de loi rédigé en quelques heures, et soumis au Sénat seulement cinq jours après. Ceci dans le mépris le plus caractérisé du travail parlementaire.

Depuis lors, quasiment chaque jour, un leurre est lancé pour faire diversion.
Les chiffres de l’emploi sont mauvais, on annonce la fermeture d’une centrale nucléaire.
Un grand groupe industriel supprime des emplois en France, on annonce le droit de vote des étrangers.

Un Ministre est embarrassé par une affaire de favoritisme, on annonce dans la précipitation un projet de loi sur le mariage et l’adoption homosexuels.

Vous avez pu suivre aussi le feuilleton des visites des Ministres à Marseille. Du Premier Ministre venant annoncer un plan mirifique qui ne sera jamais réalisé, au Ministre de l’Intérieur et à la Ministre de la Justice venant bras dessus bras dessous faire croire qu’ils sont d’accord sur l’action à mener contre la criminalité alors qu’ils sont en désaccord profond l’un avec l’autre.

Au terme de ces premiers mois du nouveau pouvoir socialiste, nous n’avons qu’une réponse à apporter aux Français : être l’opposition, l’opposition véritable, l’opposition pour empêcher l’anesthésie des Français, l’opposition pour faire barrage aux décisions inacceptables, l’opposition pour préparer des propositions d’avenir.

Députés et Sénateurs, nous devons assumer pleinement notre rôle d’opposants au Parlement.

Nos compatriotes, ceux qui ont voté pour nous, mais aussi d’autres, attendent de nous que nous les protégions de décisions contraires à l’intérêt de la France.

Notre premier devoir est celui d’une opposition dynamique et résolue, et je vous le dis en parfaite connaissance de cause. Car, si beaucoup d’entre vous ont découvert l’opposition en juin dernier, nous, au Sénat, l’opposition, nous y sommes depuis un an.

Au Sénat, depuis octobre dernier, nous savions que les socialistes n’avaient pas changé. L’hémicycle du Palais du Luxembourg a servi pendant un an de laboratoire de leur programme.

Dès le projet de loi de finances, ils avaient proposé et voté 30 milliards de taxes supplémentaires, sans les assortir d’aucune réduction des dépenses. Ils avaient inventé et créé 17 nouvelles taxes.

L’imagination est au pouvoir ! S’ils ont été capables de faire cela dans l’opposition, imaginez ce qu’ils feront maintenant au pouvoir.

La majorité de gauche du Sénat a adopté le droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales.

A l’initiative des communistes, par idéologie, ils ont purement et simplement supprimé le travail dominical, se moquant bien des 250.000 salariés concernés.

Ils ont détricoté l’ensemble de la réforme territoriale en supprimant le conseiller territorial et en recréant, de fait, 2 500 élus locaux supplémentaires. Comme si la France avait besoin d’augmenter le nombre de ses élus locaux.

Face à cela, nous avons su adapter notre mode de fonctionnement et notre manière de travailler. Car, il est vrai qu’aucun d’entre nous n’avait connu la minorité sénatoriale.

Avec l’expérience des uns, notamment des présidents de commission et des anciens ministres, mêlée à l’enthousiasme et au dynamisme des nouveaux élus, nous avons su relever ce défi. Texte après texte, nous avons démontré notre pugnacité.

La gauche sénatoriale n’a que 6 voix de majorité. Ce qui fut notre faiblesse entre 2008 et 2011 est aujourd’hui la leur.
Ils doivent réussir la quadrature du cercle consistant à rallier les suffrages de leurs alliés communistes et verts qui ne sont jamais d’accords entre eux, sans négliger le vote des radicaux de gauche, encore moins d’accords avec les deux premiers.

Au Sénat, 6 abstentions, c’est un amendement qui tombe, c’est un article supprimé ou c’est un projet de loi rejeté.
Nous comptons bien utiliser l’arithmétique pour les faire reculer sur leurs textes les plus dangereux pour notre pays.
Mais notre tâche ne se limitera pas au travail de commission et d’hémicycle.

Pour la première fois de la Vème République, la droite et le centre sont minoritaires dans les deux assemblées.

Cela doit nous inviter à revoir profondément nos méthodes de travail. Puisque c’est la première fois que nous connaissons simultanément l’opposition à l’Assemblée Nationale et au Sénat, nous devons coordonner notre action et mutualiser nos forces.

Trois axes doivent, nous semble-t-il, être privilégiés :

1. Tout d’abord, nous devons créer une véritable instance de dialogue permanente entre nos deux groupes. Vous le savez, avec Christian JACOB, nous nous voyons régulièrement pour faire le point sur nos positions. Mais nous pouvons aller encore plus loin dans cette synergie.

2. Ensuite, je crois que nous devrons multiplier des groupes de travail communs sur les sujets majeurs comme nous l’avons fait en 2010 sur la réforme des collectivités territoriales. Le modèle vers lequel nous devons tendre est celui des ateliers parlementaires pour l’alternance qui réunissait, entre 1997 et 2002, les parlementaires de sept groupes

[députés DL, RPR et UDF et sénateurs RI, RPR, UC et RDSE]. Ces travaux avaient permis l’élaboration d’une doctrine politique qui a servi de socle programmatique à la création de l’UMP. Ce que nous avons réussi à 7, nous nous devons bien sûr de le faire maintenant à 2, ce qui est à priori plus facile.

3. Enfin, avec notre mouvement politique, nous devons avoir les yeux rivés sur la préparation des prochaines échéances électorales. Car si nous gagnons les municipales, les socialistes perdront le Sénat.

Voilà, mes chers collègues, la feuille de route qui est la nôtre. Nous avons tous les instruments pour relever le défi de l’opposition et de la coordination de notre action.

Mais bien sûr, nul n’ignore que dans quelques semaines nos militants désigneront le prochain Président de l’UMP qui aura la tâche d’animer notre mouvement, de poursuivre le travail de redynamisation de nos fédérations et de détecter les talents de demain pour préparer les échéances électorales et renouer avec la victoire.

Avec Christian JACOB, nous avons considéré que la journée parlementaire n’était pas le lieu pour ce débat qui occupera largement les prochaines semaines.

Mais je veux redire à chacun d’entre nous –centristes, libéraux, gaullistes– qui avons fait le choix de rejoindre en 2002 la grande formation politique moderne de la droite et du centre qu’est l’UMP, que notre bien le plus cher est l’unité.

C’est l’unité qui fait notre force. Sans unité, pas de grand parti politique rassemblé. Sans unité, pas d’alternance.

Nous veillerons, dans les prochaines semaines, à ce que nos groupes parlementaires demeurent des espaces d’unité, d’échange, de fraternité et d’amitié pour que la compétition demeure un débat d’idées.

Je n’ai pas de doute que cela se passera bien parce que nous ne sommes pas, ici, au parti socialiste !

A l’UMP, on échange des idées, pas des noms d’oiseaux.

A l’UMP, on n’insulte pas ses concurrents, avant de courir négocier son ralliement.

A l’UMP, on n’a pas peur du suffrage des militants.

Quand j’entends le Président du Groupe Socialiste du Sénat s’interroger sur la démocratie à l’UMP, parce que nous n’avons le choix qu’entre deux candidats, je me demande de qui les socialistes se moquent ?

Il est vrai qu’un Premier secrétaire fantoche désigné, de nuit, par trois éléphants –le tout à distance respectable des militants– c’est le summum de la démocratie participative !
Ne nous laissons pas intimider par le microcosme.

Lorsque deux socialistes s’insultent, ce n’est pas un débat d’idées.

Lorsque deux UMP débattent, ce n’est une fracture irrémédiable.

Ne leur offrons pas le loisir de resservir cette histoire.

C’est la raison pour laquelle, ce temps du débat interne ne doit pas nous faire oublier ce que les Français attendent de nous :

  • de l’unité ;
  • de faire le travail pour lequel ils nous ont élus ;
  • de les représenter ;
  • et d’être leur porte-voix pour dénoncer les choix idéologiques et les erreurs historiques de ce Gouvernement.

Mes chers amis, et il y a du pain sur la planche,
Bonne rentrée !