Jean-Pierre Raffarin : « le pari de Sarkozy est risqué » Paris Match, jeudi 17 juillet 2008

En septembre, le tiers du Sénat sera renouvelé. Ils sont trois à
pouvoir briguer sa présidence : Jean-Claude Gaudin, Gérard
Larcher et Jean-Pierre Raffarin. En cas de duel Raffarin-
Larcher, les amis de ce dernier lui donnent « entre 81 et
87 voix sur 145, soit 20 voix d’avance sur Jean-Pierre
Raffarin ».Lui rit sous cape. "Ce pointage ne sert à rien. L’élection
à la présidence du Sénat ressemble à celle de l’Académie
française. Les électeurs sont très malicieux. Ils ne se dévoilent
pas. » En attendant, l’ex-Premier ministre annonce
dans Paris Match qu’il sera très probablement candidat.

Pour que le Congrès se réunisse le
21 juillet à Versailles afin de voter la révision de la
Constitution, il faut que cette semaine le Sénat vote
le texte adopté en deuxième lecture par l’Assemblée
dans les mêmes termes. Est-ce possible ?

Oui. En première lecture, le
Sénat, pour citer Max Weber, a exprimé une éthique de
conviction. En deuxième lecture, il va montrer une
éthique de responsabilité. Grâce à une intense
concertation, l’Assemblé" a adopté un exte acceptable
par le Sénat. Notre vote conforme est donc hautement
probable.

Le texte doit passer ensuite au Congrès. Pensez-vous
que la majorité nécessaire des trois cinquièmes
sera réunie ?

Nicolas Sarkozy aime le risque. Ce Congrès est risqué,
mais l’enjeu mérite cette audace, Un succès au
Congrès rendra la politique de réformes irréversible
pour le reste du quinquennat. Un échec abîmerait l’ensemble
du bilan et compliquerait la situation politique.
Le risque est à moins de 10 voix près.

Quel est votre pronostic ?

A 60%, mon pronostic est favorable.

Il n’empêche, vous évoquez l’hypothèse d’une
situation politique difficile. En cas d’échec, n’est-il
pas dangereux pour le chef de l’Etat de s’être
exposé depuis un an en première ligne ?

Dans un pays qui a le sang chaud ,la fonction présidentielle
a besoin de protections. Sur l’échelle de
Richter des protections dans le passé, on a utilisé le
changement de gouvernement ou la dissolution. Selon
moi, c’est l’une des missions du Premier ministre de
protéger le président. Je crois que François Fillon est
d’accord avec moi, mais il n’est pas décideur du degré
d’exposition du président. Et chacun mesure la générosité
d’exposition de Nicolas Sarkozy !

Les Français sont mécontents de leur pouvoir
d’achat. Quelle serait votre mesure phare pour
l’améliorer ?

Comme Nicolas Sarkozy, je pense qu’il faut baisser
la TVA sur l’essence. Mais cela exige un accord européen.
A défaut et en attendant, je propose d’affecter
une partie du surplus des recettes fiscales liées à la
hausse du pétrole à l’augmentation de la prime pour
l’emploi pour aider les salariés aux revenus modestes.

En septembre aura lieu l’élection du nouveau président
du Sénat. On entend peu parler de lui. Quel
est son rôle exact ?

C’est le deuxième personnage de l’Etat. Il remplace
le président de la République en cas de problème majeur.
Ce fut le cas d’Alain Poher, qui exerça l’intérim
après le décès de Georges Pompidou. Il préside la
Haute Assemblée, assemblée législative à part entière
et grand conseil des communes de France, il est associé
à la politique étrangère du pays. C’est un homme d’Etat.

Est-ce à ce titre, en votre qualité d’ancien Premier
ministre, que vous vous estimez bien placé pour
postuler à cette fonction ?

Pour valoriser notre travail parlementaire, les sénateurs
choisissent en effet un président à la fois expérimenté
et attentif. Mon expérience, à la tête de l’Etat et
en tant qu’élu local, est le premier argument de ceux qui
souhaitent que je sois candidat.

Vous êtes donc candidat officiellement à la présidence
du Sénat ?

Ce qui est probable n’est pas nécessairement anticipé.

Vos relations sont-elles toujours aussi exécrables
avec Ségolène Royal, présidente de la région
Poitou-Charentes ?

Je constate que Mme Royal a beaucoup délaissé la
région Poitou-Charentes, où elle ne vient qu’épisodiquement.
Elle est trop occupée à faire sa campagne
dans les fédérations socialistes en vue de l’élection du
premier secrétaire. Ce cumul d’ambitions est difficile.

Etes-vous, comme une grande majorité des
Français, favorable à une prochaine rencontre en
France entre le dalaï-lama et Nicolas Sarkozy ?

Le dalaï-lama n’est pas perçu de la même manière
par les Occidentaux et par les Chinois. Pour ces
derniers, c’est un chef politique à la tête d’un gouvernement
et d’un parlement en exil. Pour nous, c’est un
chef religieux. Personne ne peul empêcher Nicolas
Sarkozy de recevoir un chef religieux, mais je pense
qu’il faut respecter la trêve olympique. Souvenez-vous
que dans l’Athènes antique les hostilités s’arrêtaient
pendant les jeux.