Jean-Pierre Raffarin : « Il a choisi de bousculer » Le Parisien, vendredi 11 juillet 2008

Nicolas Sarkozy répète qu’on
n’a jamais autant réformé
depuis 1958. C’est vrai ?

La dynamique
de réforme est réelle et la méthode,
qui consiste à mener de front
un grand nombre de réformes, est
originale et nouvelle. Au départ, je
n’étais pas convaincu du bien-fondé
de cette méthode. Ce n’était pas la
mienne et je pense toujours qu’un
certain nombre de réformes doivent
être progrannnées et conduites en
fonction de ce que j’appelle les trois o : diagnostic - si possible partagé

  • , dialogue - notamment social
  • et enfin décision. Sarkozy a
    choisi de bousculer pour réformer.

Lui, il fait tout à la fois ?

Oui, il mène pratiquement tout en
même temps. Cette simultanéité a
beaucoup d’avantages : d’abord, l’administration
n’a pas le temps de
prendre le pouvoir sur la décision
politique ; ensuite l’ensemble de la
majorité est occupé et enfrn l’opposition
est dispersée. Elle ne sait plus où
mener son combat Cet été, on va voter
la loi de modemisation économique,
la loi de modemisation sociale,
les 35 heures, les deux offres
d’emploi raisonnables pour les chômeurs,
le service minimum dans
l’éducation et, je l’espère, la réforme
des institutions. Ce Rythme a le mérite
de l’efficacité.

En 1981,il y a eu beaucoup
de grandes réformes ...

Non. Il y a eu la peine de mort et
quelques grands textes. Là on est
vraiment dans une cadence très
forte. Mais attention, c’est sur la clurée
que l’on juge une réforme .Si aujourd’hui
on peut discuter en matière
d’urbanisme commercial de ma
réforme de 1996, c’est parce qu’elle
a duré, vécu et tenu. J’adhère à l’idée
de production à très grande vitesse, à
condition de veiller à la qualité législative
de ces réformes.

Cette simultanéité
ne brouille-t-elle pas
le message dans l’opinion ?

Nicolas Sarkozy et François Fillon
développent une pédagogie de la réforme.
Fait nouveau, les Français
l’acceptent Dans cette première
phase, on doit constater la réussite.
En sera-t-il de même durablement ?
Seul le temps pouna nous le dire. Le
vote de la réforme est une victoire
politique. Mais la vraie victoire, c’est
la réussite de la réforme clans le pays.

Pourquoi n’avez-vous pas agi
de même quand vous étiez
à Matignon ?

J’ai initié la dynamique des réformes. Chaque président de la République
a sa démarche et il fàut que l’action
conesponde à la nature même de la
présidence et à la manière dont elle
est incamée. Jacques Chirac avait
une autre vision de la fonction présidentielle.
TI se méfiait des urgences et
faisait du temps un allié. Aujourd’hui,
Nicolas Sarkozy fait du
mouvement un principe politique. TI
crée les débats. Chez lui la stratégie
du mouvement est réformatrice. La
réforme fait moins peur parce qu’elle
est en quelque sorte dédramatisée.
Elle devient une Sorte de respiration
de la société.

Pourtant, les sondages restent
mauvais pour Sarkozy...

Pour l’instant, il y a dans l’opinion un
certain scepticisme, mais il n’y a pas
la volonté de bloquer la réforme. Cette acceptabilité de la réforme est
une nouveauté.

Cette facon de réformer
et d’agir a-t-elle un modèle
à l’étranger ?

C’est très comparable au modèle de
Tony Blair. La logique n’est plus du
tout celle d’un président arbitre ou
metteur en scène comme Jacques
Chirac. Là, l’auteur, le metteur en
scène et l’acteur sont le même, et le
tout dans une logique cie mouvement
perpétuel.

Si la réforme des institutions
est rejetée au Congrès,
cela cassera-t-il la dynamique
des réformes ?

Je le crains. J’appelle la majorité à se
rassembler pour ce vote, non seulement
parce que c’est une réforme
institutionnelle importante qui va
rééquilibrer les pouvoirs entre le président
et le Parlement, mais aussi
parce que le score du Congrès sera
une sorte de marqueur de la réforme
pour la première étape du quinquennat
Les socialistes ne peuvent rester
à l’écart de la réforme du Parlement.
Alors que cela se jouera
à quelques voix, Sarkozy ne
prend-il pas un gros risque ?
C’est un pari très difficile,mais Nicolas
Sarkozy prend clesrisques en permanence,
c’est une des caractéristiques
cie sa dynamique.