Jean-Pierre Raffarin : « Victoire politique ne veut pas forcément dire victoire sociale » Le Monde , 25 juin 2008

Vous avez récemment dénoncé le
caractère monolithique de l’UMP. Que
craignez-vous ?

L’exercice solitaire du pouvoir est sans
issue. Dans une démocratie, il faut pouvoir
partager, avoir une majorité vivante
et loyale. L’UMP a besoin d’affirmer une
diversité de générations et de territoires.
Sur le plan personnel, je suis pour Nicolas
Sarkozy un vrai ami non aligné, alors qu’il
a beaucoup de faux amis trop alignés. Je
suis loyal, mais on ne me fera pas taire.

Si vous étiez premier ministre, accepteriez-
vous de découvrir que sept personnes
autour du président de la République
font la politique de la nation ?

Non. Je ne l’accepterais pas. Le président
de la République a évidemment la possibilité
de réunir les ministres qu’il veut sur
les sujets qu’il veut. Mais créer une instance
politique à l’intérieur du gouvernement
serait pour le premier ministre quelque chose
de peu confortable ... François Fillon fait
bien le « job ». Il a le soutien de sa majorité,
l’opinion comprend ce qu’il fait... Nous
avons besoin d’un gouvernement fort.

Une crise vous paraît-elle possible,
alors que les Français semblent admettre
les réformes ?

Si, à la fin du mois de juillet, toutes les
réformes programmées sont votées, la première
partie du quinquennat aura été très
réformatrice. Et ce sera un grand succès
politique pour Nicolas Sarkozy ... mais cette
victoire politique ne veut pas dire forcément
victoire sociale. Car il reste la question
de l’essence et la question européenne, qui
est un peu liée. La rentrée ne sera pas facile.
Un baril à 150 dollars peut-il tout compromettre ?
C’est un risque. C’est pourquoi, de
mon point de vue, Nicolas Sarkozy a raison
de se battre au niveau européen.

Estimez-vous que la France va suffisamment
vite pour réduire ses déficits ?

Elle vit trop les volets clos. Elle ne se rend
pas compte que le monde bouge. Elle doit
aller plus vite dans l’attractivité, c’est-à-dire
la réduction des déficits, et en même temps
la performance de l’ensemble de ses investissements,
que ce soit les transports, le
développement durable, la qualité de vie.

Avec le « non » irlandais, la présidence
française de l’Union devient-elle une
présidence de crise ?

Le 1er janvier 2009, l’Europe devait se
doter de nouvelles institutions et la France
était chargée de les mettre en place. Elle
était au moment historique où elle pouvait
être le plus influente. Ces circonstances
sont perdues. Mais je fais confiance à Nicolas
Sarkozy pour sortir de l’ornière

Nicolas Sarkozy, s’adressant aux Israéliens
lundi 23 juin. a dit : « Il faut un Etat
palestinien, un Etat viable. » C’est un
signal fort ?

Oui, très fort. Sur le Proche-Orient, la
vision de Nicolas Sarkozy est claire :
aujourd’hui, la question la plus dramatique
pour Israël n’est plus nécessairement
la relation avec les Palestiniens, mais avec
l’Iran. Cet élément nouveau peut être le
déclencheur d’un processus de paix. La
France et l’Europe derrière Nicolas Sarkozy
montrent qu’ils n’accepteront pas que
l’Iran se dote de l’arme nucléaire et soit
une menace pour Israël.

Sur le plan politique. est-ce une erreur
de la part de Nicolas Sarkozy d’avoir invité
le président syrien à Paris ?

Je ne le pense pas. Pour l’Union de la
Méditerranée, il est très important