Gérard Larcher : « La majorité parlementaire sera attentive aux demandes de la CFDT et de la CGT » Les Echos, lundi 16 juin 2008

Sénateur-maire de Rambouillet (UMP), Gérard Larcher est également l’auteur de la loi du 31 janvier 2007 sur le dialogue social, qui donne la possibilité aux partenaires sociaux de négocier sur tous les sujets ayant trait au droit du travail, avant que le gouvernement s’en saisisse. François Chérèque, qui a demandé, en vain, un délai de six mois pour négocier sur les 35 heures, estime que cette loi n’est pas respectée. L’ancien ministre délégué au Travail lui répond.

La CGT et la CFDT appellent à manifester, demain, pour la défense des retraites et des 35 heures. Vous attendez-vous à une forte mobilisation ?
Je ne crois pas à un raz-de -marée. La faible mobilisation de mardi dernier, chez les fonctionnaires et à la SNCF, montre que le climat social reste relativement serein. Le fait que les syndicats se mobilisent en ordre dispersé est également révélateur. FO, la CFTC et la CGC refusent de prendre part au mouvement de demain. Et puis soyons honnêtes : en se focalisant sur les 35 heures, la CGT et la CFDT ne relaient pas les préoccupations majeures des salariés. A Rambouillet et sur le terrain, les habitants me parlent constamment du pouvoir d’achat, mais rarement du temps de travail.

Les partenaires sociaux continuent de réclamer un délai de six mois pour négocier sur le temps de travail. En refusant, le gouvernement respecte-t-il la loi Larcher du 31 janvier 2007 sur le dialogue social ?
Le gouvernement a déjà laissé passer six mois ! Il y a urgence, sinon nous ne sortirons jamais de cette hypocrisie sur le temps de travail. Les réponses apportées par les partenaires sociaux sur les 35 heures n’étaient pas à la hauteur de la tâche qui leur avait été assignée, en décembre dernier, lors de l’élaboration de l’agenda social. François Chérèque en est d’ailleurs conscient, puisqu’il propose de renégocier sur les 35 heures ! Sur un sujet qui pollue l’économie depuis dix ans, le gouvernement ne pouvait pas se contenter de mesures à la fois expérimentales et partielles. La loi sur le dialogue social n’est pas remise en cause pour autant : moins d’un an et demain après son entrée en application, les syndicats et le gouvernement ne savent pas encore toujours très bien comment l’utiliser. Mais il s’agit de simples ajustements.

La solidarité de Laurence Parisot, présidente du Medef, avec la CFDT et la CGT a pourtant de quoi faire réfléchir...

Le gouvernement n’a commis aucune faute. Cela étant dit, l’axe formé par le Medef, la CFDT et la CGT me semble tout à fait intéressant pour l’avenir. Cela prouve que le dialogue social a déjà évolué !

Ne craignez-vous pas que la CFDT renonce durablement à négocier ?

C’est une inquiétude que je partage avec beaucoup de parlementaires. Tout s’est tellement bien passé depuis dix-huit mois ! Il appartient au gouvernement de montrer que la relation de confiance qui le lie notamment à François Chérèque n’est pas distendue. La majorité parlementaire sera attentive aux demandes de la CFDT et de la CGT. Les sénateurs de la Commission sociale du Sénat sont à leur écoute. Il y a de réelles possibilités d’amendement au Parlement. Je pense que l’on peut instaurer plusieurs verrous supplémentaires, pour garantir le respect de la santé et de la sécurité au travail notamment.

Les précédents assouplissements n’ont pas vraiment permis de remettre en cause les 35 heures. Ce projet de loi va-t-il changer la donne ?

Les précédents assouplissements nécessitaient la conclusion d’accords de branche. C’est ce qui les rendait si difficiles à mettre en oeuvre. La nouvelle réforme va permettre d’instaurer un véritable espace de dialogue dans les entreprises. Certains secteurs sont extrêmement intéressés : je pense aux entreprises de sous-traitance automobile, notamment. Le projet de loi permet de s’adapter à la réalité économique de chaque entreprise, ce qui est tout à fait novateur.