Question d’actualité d’Hugues Portelli, Sénateur UMP du Val d’Oise

Hugues Portelli - Violences à Villiers-le-Bel

Hugues Portelli :

Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.

Des violences ont émaillé la nuit du 26 novembre, dans le Val-d’Oise, à la suite du décès de deux adolescents. Nos pensées vont bien évidemment à leur famille, car la perte de deux enfants est toujours une tragédie.

Mais nos pensées vont également aux forces de l’ordre, qui ont fait preuve d’un sang-froid et d’un courage qui font honneur à la République, alors qu’elles étaient prises pour cible par des tirs de fusils. Peu de police au monde auraient réagi comme la nôtre.

Dans l’immédiat, le rétablissement complet, dans chaque commune, dans chaque quartier, dans chaque rue, de l’ordre républicain est un impératif absolu et non négociable, car l’autorité de l’État ne se partage pas.

Mais à moyen terme, peut-on envisager de tenir davantage compte des problèmes spécifiques de l’ordre public sur ces territoires, notamment avec une police plus adaptée aux différentes formes de violence et de délinquance ?

Une police plus stable qui soit incitée à demeurer dans ses affectations et à être logée autant que possible dans la circonscription où elle travaille.

Une police plus proche qui connaisse bien les particularités de chaque territoire, de chaque population et, surtout, une police plus expérimentée.

Enfin, au-delà des problèmes de l’ordre public, quelle réponse sociale donner à des jeunes qui n’ont aucune notion de l’autorité, qu’elle soit parentale, éducative ou professionnelle ? Comment les sortir de leur milieu pathogène afin de leur inculquer des règles de vie commune.

La réponse de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales

Monsieur le sénateur, vous avez rappelé qu’à Villiers-le-Bel un dramatique accident, dont nous ne pouvons que déplorer qu’il ait causé la mort de deux adolescents, a servi de prétexte à des scènes de violences.

Certains ont utilisé la situation pour commettre des vols, des pillages, des dégradations d’équipements publics, notamment une bibliothèque, et se sont attaqués aux forces de l’ordre et aux pompiers en faisant feu à tir tendu avec des armes de chasse.

Je vous remercie et je pense pouvoir dire que nous vous remercions tous d’avoir rendu hommage aux forces de l’ordre auxquelles M. le Premier ministre et moi-même avons rendu visite à plusieurs reprises. Elles ont fait preuve, dans ces circonstances, d’un sang-froid remarquable alors qu’elles étaient attaquées très directement.

Sur le fond, il est évident que, dans un certain nombre de villes, nous avons des problèmes avec de petits groupes d’individus, qu’il ne faut pas confondre avec l’ensemble des habitants de ces cités ou de ces villages
qui sont doublement victimes des délinquants.

Victimes, parce qu’ils sont les premiers à être attaqués, volés ou agressés ; victimes aussi, parce que c’est l’image de leur ville, de leur quartier qui est atteinte. Cela rejaillit sur eux et accentue parfois les difficultés qu’ils rencontrent pour trouver un emploi.

Nous devons apporter une réponse globale à ces difficultés. La chaîne de la sécurité doit faire intervenir les maires, qui sont en première ligne, les services éducatifs, les associations, la police, la justice, les acteurs de la réinsertion. C’est ensemble que nous pourrons trouver des solutions pour permettre à ceux qui ne sont pas des délinquants, notamment aux plus jeunes, de s’en sortir.

Mais nous avons aussi besoin que l’autorité de l’État soit toujours affirmée et réaffirmée. Pour cela, il faut agir à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, je ne saurais laisser dire qu’il n’y a pas de policiers au contact des habitants.

Nos commissariats, nos gendarmeries, nos postes de police sont là.

Et je rappelle, mesdames et messieurs de l’opposition, que nous, nous avons créé, entre 2002 et 2007, 13 000 postes de policiers et de gendarmes pour renforcer la sécurité qui s’était dégradée au cours des précédentes années.

Cela nous permet d’avoir une réelle implantation sur le terrain.

Cela dit, il est vrai qu’en région parisienne il y a un problème parce que trop de policiers sortent de l’école sans avoir l’âge ou la maturité suffisants pour faire face à toutes les situations auxquelles ils peuvent être confrontés.

C’est pourquoi nous sommes en train de mettre au point, avec le directeur général de la police nationale, une action de fidélisation, qui s’appuie sur nos relations avec les maires.

Le logement, par exemple, est un élément essentiel de cette fidélisation et les maires doivent y être associés. D’ailleurs, je crée 5 000 nouvelles places de logements dans la région parisienne au cours de l’année 2008, sur un budget que vous n’avez pas voté...

J’ajoute nous nous employons également à créer des crèches, parce que toute la famille doit être bien accueillie.

Au-delà, parce qu’il faut parfois faire face à des poussées de violence, nous avons prévu de créer, sur le budget pour 2008, des unités de sécurisation, qui nous permettront, sur un département ou une zone, de renforcer telle ou telle police locale, sans déshabiller les autres.

Enfin, il est évident que nous aurons toujours besoin, dans les cas les plus graves, des forces mobiles de gendarmerie ou de police.

À tous, nous devons beaucoup de gratitude, de reconnaissance et je pense que nous pouvons les assurer de toute notre confiance.