Question d’actualité de Gérard César, Sénateur UMP de la Gironde

Gérard Cesar - L’évolution du prix du pétrole

Gérard César :

Ma question s’adresse à Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie, des finances et de l’emploi.

La hausse du prix du baril de pétrole fait l’actualité, suscitant commentaires divers et surtout inquiétudes chez tous les Français, qu’ils soient consommateurs particuliers ou professionnels. En effet, un baril de pétrole dont le prix frôle les 100 dollars et a plus que doublé depuis trois ans apparaît plutôt comme une menace que comme une opportunité, même si personne ne peut dire, aujourd’hui, comment évoluera le marché à court terme.

Certains y voient une occasion de changer radicalement nos habitudes, voire nos modes de vie ! Un document télévisé vient d’être diffusé au Royaume-Uni, présentant la vision d’une apocalypse pétrolière, augurant, ni plus ni moins, une rupture de civilisation.

Les causes de cette fièvre se trouvent d’abord dans le déséquilibre de l’offre et de la demande - la croissance chinoise, par exemple, engendre la consommation de quatre à cinq fois plus d’énergie par unité de PIB que chez nous - ensuite dans le jeu des spéculateurs, qui, momentanément, délaissent le marché des actions pour celui de l’énergie, dans les réalités géopolitiques dont on connaît la force d’impact, enfin dans des aléas climatiques.

La situation n’est cependant nullement comparable à celle qu’engendra le second choc pétrolier qui, en 1978, fut à l’origine d’une grave crise économique. Le contexte est aujourd’hui différent.

Cela étant, le prix des carburants qui grimpe de plus belle est un handicap supplémentaire pour les professionnels qui en consomment beaucoup - pêcheurs, chauffeurs de taxi, transporteurs, agriculteurs - mais aussi pour les particuliers. Chacun réagit en fonction de ses propres intérêts. Des demandes de solutions adaptées se font jour. Les marins pêcheurs ont obtenu une réponse. Qu’en sera-t-il pour les autres ?

Toutes ces interrogations, qui dépassent largement nos frontières, appellent des réponses à plusieurs niveaux, à court comme à plus long terme.

Madame la ministre, quelle est votre stratégie et comment entendez-vous répondre aux défis de la hausse du prix du pétrole ?

La réponse de Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie, des finances et de l’emploi

Monsieur le sénateur, je tiens tout d’abord à vous remercier d’avoir évoqué une question aussi importante pour l’ensemble de nos concitoyens : l’augmentation des prix du pétrole à la pompe.

Permettez-moi de rappeler un certain nombre d’éléments chiffrés.

Depuis le début de l’année 2007, le prix du baril de pétrole a connu une augmentation très forte - de l’ordre de 50 % environ -, passant ainsi au dernier recensement à 98 dollars, ce qui ne correspond pas à l’augmentation du prix constatée à la pompe, laquelle n’a été que de 11 % environ depuis le début de l’année.

Cet écart est dû, d’une part, au fait que nous payons nos achats en euros, ce qui nous prémunit contre la hausse de produits dont le prix est libellé en dollars, d’autre part, au fait qu’une partie du prix du carburant est composée de taxes, dont le volume constitue une espèce d’amortisseur.

Face à une telle situation, il faut réagir de deux façons.

En premier lieu, il convient de faire jouer la concurrence. À cet égard, je souhaite, au-delà des membres de votre assemblée, attirer l’attention de tous nos concitoyens sur l’existence d’un site internet qui est de plus en plus consulté et dont je vous communique l’adresse : < www.prix-carburants.gouv.fr >

Ce site recense 80 % des stations-service en France et permet à ceux qui le consultent de réaliser une économie en coût de carburant allant jusqu’à 20 % sur les trajets qu’ils effectuent.

Une telle économie n’est pas négligeable !

La concurrence doit jouer entre l’ensemble des opérateurs. À cet effet, je convoque samedi matin, à neuf heures trente, l’ensemble des producteurs de pétrole et des compagnies distributrices de produits pétroliers pour chercher avec eux comment atténuer les effets de la hausse des prix du carburant pour le consommateur.

En second lieu, une action structurelle sur le long terme s’impose. Souhaitée par l’ensemble du Gouvernement, cette action doit, sous la direction du Premier ministre, M. François Fillon, s’inscrire dans les mesures du Grenelle de l’environnement, qui, telles que précisées par le Président de la République, visent à changer notre mode de consommation. Le Gouvernement va s’atteler à ce travail.