Stéphane PIEDNOIR : « Elus, éviter la confusion des genres ! »

Stéphane Piednoir, sénateur de Maine-et-Loire s’est exprimé dans une tribune parue le 19 septembre 2019 dans Ouest France, à la suite de la prise d’arrêtés municipaux pour délimiter les zones d’épandage de produits de traitement phytosanitaires. Il revient sur le rôle et la fonction de l’élu.

"Interrogés sur les motivations à poursuivre leur mandat, les élus locaux confient les difficultés d’exercice de missions chaque jour plus complexes.

Parmi les points saillants figure le nombre croissant de dispositifs législatifs et normatifs toujours plus contraignants. Les maires et leurs adjoints déplorent cette charge de travail supplémentaire qui impacte fortement les services municipaux et mobilise un budget important. Mais, en tant que premiers représentants de l’État, ils appliquent néanmoins ces dispositions légales, parfois impopulaires, qu’il faut parfois expliquer à leurs administrés.

Les sondages montrent aussi la confiance des Français en leurs élus locaux qui, contrairement aux parlementaires, bénéficient d’une présomption positive quant à leur capacité à gérer les problèmes du quotidien. Parce qu’il est identifié comme un tiers de confiance, on fait facilement appel au maire pour régler un différend de voisinage ou pour prendre des mesures de sécurisation sur la voie publique.
Pas de territoire autonome

En ces temps de défiance généralisée qui menace notre société, rien ne serait pire que d’abîmer ce lien fort entre les Français et leurs maires. Ces derniers doivent conserver leur neutralité qui fait leur respectabilité et observer avec la plus grande exigence les principes républicains dont ils sont les vecteurs. Pourtant, nous assistons à des dérives de la part de quelques élus qui confondent leur mandat avec un outil de propagande et de prosélytisme.

Ainsi, la prise d’arrêtés municipaux pour délimiter les zones d’épandage de produits de traitement phytosanitaires est totalement condamnable, tant juridiquement que moralement. Un maire n’a pas de pouvoir législatif, il ne fait pas les lois de la République et sa commune n’est pas un territoire autonome. Faire croire que l’on peut décider unilatéralement, sans débat démocratique ni vote au niveau national, d’une mesure susceptible d’entraîner des poursuites est irresponsable. Et que dire des parlementaires qui joignent leur voix à ce tumulte sans mesurer à quel point ils fragilisent leur propre fonction ? La recherche du buzz médiatique est le germe du populisme.

Dans un autre registre, décrocher le portrait du président de la République dans une salle de conseil municipal ne correspond pas à l’image que doit renvoyer un élu. Chacun peut contester la politique menée par le chef de l’État ou même regretter qu’il ait gagné le scrutin de mai 2017, mais personne ne peut remettre en question sa légitimité démocratique. La tradition républicaine a certains codes que nous ferions bien de préserver au risque de voir s’effondrer l’ensemble de l’édifice que constitue notre nation.

Nous avons trop souffert d’un mouvement social de grande ampleur pour attiser les braises d’une contestation généralisée qui laisserait croire que toutes les initiatives individuelles sont recevables. Quelle sera l’attitude de ces élus lorsqu’un administré décidera unilatéralement de changer le stationnement ou le sens de circulation dans sa rue au motif qu’il est aussi un lanceur d’alerte ? Quelle sera leur réaction face à des parents qui passeront outre une décision d’affectation de leur enfant dans une école en raison de motivations personnelles ?

Je suis convaincu que la confiance, à quelque niveau que ce soit, passe par le strict respect des prérogatives qui incombent à chacun. Outrepasser ses propres fonctions, c’est permettre à tous de le faire également et ainsi ouvrir la voie à l’anarchie. "