Bruno Retailleau : « Le macronisme est une contrefaçon »

Dans une interview donnée au. Figaro le 1er septembre 2019, Bruno Retailleau invite la droite à « ne pas avoir honte de ses convictions ».

LE FIGARO. - Plusieurs visages des Républicains n’ont pas été vus à La Baule cette année. Est-ce un regret et quelle leçon en tirez-vous ?

Bruno RETAILLEAU. - Il y a de vraies absences, c’est vrai, mais sans être obligé d’accepter cela comme une fatalité, il est normal de ne pas y retrouver ceux qui ont quitté Les Républicains. Ce rendez-vous a pour objet de répondre à une seule question : la droite est-elle morte ? Notre famille politique peut-elle survivre à l’effacement du clivage droite-gauche, comme au duel si bien scénographié entre les progressistes et les populistes ? Si la volonté d’unité est également capitale, nous avons trop longtemps fait de cette unité et de ce rassemblement l’alpha et l’oméga. Et finalement, nous avons oublié une chose simple : le rassemblement ne peut être que la conséquence d’un socle de convictions et de projets. Aujourd’hui, nous sommes sans doute à la croisée des chemins.

Lesquels ?

Il existe trois attitudes au sein de notre famille politique. Il y a ceux qui, par défaitisme, ont estimé qu’il fallait vite se ranger dans le camp des gagnants. Évidemment, ceux-là nous ont quittés parce qu’ils ont toujours placé leurs calculs avant leurs convictions. Quant aux maires dits macron-compatibles, ils reviendront lorsque les sondages s’inverseront. L’autre attitude consiste à tourner le regard vers le ciel en espérant un événement salvateur, un sauveur ou un revenant. Mais cela ne marchera pas. D’abord parce que sur beaucoup de sujets notre passé est aussi un passif. Mais aussi parce que la droite ne pourra se sauver que par elle-même. Rebâtir un projet à partir d’un idéal est la seule attitude à avoir. D’ailleurs, la question de notre espace politique entre Macron et Le Pen pose d’abord celle de nos différences.

Comment la droite peut-elle marquer sa singularité ?

Il est facile de nous démarquer de Le Pen car notre projet n’est pas la France claquemurée, condamnée à n’être qu’un quartier clos du village global. Le Rassemblement national est un attrape-tout. Il capture les angoisses et les colères en y répondant avec le langage de la démagogie, comme avec la retraite à 60 ans qui appauvrirait la France et les retraités français. Quant à Emmanuel Macron, certains pensent que nous avons avec lui une différence de degrés. Je crois tout le contraire : c’est une différence de nature qui nous oppose. En vérité, le macronisme est une contrefaçon de ce à quoi nous croyons. C’est pourquoi Emmanuel Macron est condamné à ne faire que semblant.

Dans quels domaines ?

Il fait semblant sur les réformes économiques, lorsqu’il renonce à la baisse de la dépense publique et à la compétitivité de la France. Nous sommes 25e sur 28 pour le taux de chômage en Europe. Il fait semblant sur les retraites, en faisant croire aux Français qu’il n’y aura pas de baisse des pensions, même si on ne recule pas l’âge de départ. Sur la sécurité, on enregistre 110 policiers et pompiers agressés chaque jour dans une totale indifférence gouvernementale. En matière d’immigration, nous sommes devenus le premier pays européen de rebond pour l’asile. Enfin, en matière d’écologie, il fait semblant sur le Mercosur en faisant croire qu’il abandonne le traité alors qu’il ne fait que le suspendre, après avoir déclaré que c’était un bon accord. Incendies ou pas en Brésil, il n’est pas possible de faire entrer, sur le sol français, des produits intégrant des molécules interdites en Europe. Tout le reste, c’est de la pipe, comme le dit Emmanuel Macron lui-même !

Concernant la révision constitutionnelle, Nicole Belloubet a annoncé que rien ne serait décidé sans l’accord du Sénat…

C’est à nouveau un coup de com et même du jamais-vu de délibérer en Conseil des ministres sur des textes constitutionnels sans les inscrire à l’ordre du jour du Parlement. En réalité, c’est un début de campagne sénatoriale qui vise à donner le mauvais rôle au Sénat. Nous ne sommes pas opposés ni à la réduction du nombre de parlementaires ni à la limitation dans le temps du cumul des mandats. La balle est donc dans le camp du gouvernement.

Mais quelle est la nature politique du macronisme ?

Emmanuel Macron est le point d’intersection et l’aboutissement de deux trajectoires croisées. Celle d’une gauche de gouvernement avec sa conversion au néolibéralisme décomplexé, à l’individualisme et à la politique des minorités, et celle d’une droite qui s’est perdue dans les eaux glacées du matérialisme en réduisant la politique à la gestion. E. Macron achève aux deux sens du terme ces deux évolutions. Il illustre parfaitement cette convergence contemporaine du libéralisme culturel, à l’origine de gauche, et du néolibéralisme financier, à l’origine de droite.

Macron n’a-t-il pas pris la main sur la communication ?

Bien sûr. Le théâtre macronien est une mise en scène parfaite. Mais c’est un monologue. Tôt ou tard, il sera rattrapé par la réalité parce qu’il n’aura pas de résultat, ses réformes étant homéopathiques. En revanche, il a raison quand il dit craindre les risques de violence. Les crises couvent toujours.

Quelle est la solution pour la droite ?

Un vide existe. La majorité des Français refusent l’impasse démocratique du duel entre progressisme et populisme. Aux élections européennes, ce refus a été exprimé par près de 60 % de l’électorat. Une attente n’est pas comblée et une espérance n’est pas portée. La droite ne doit pas avoir honte de ses convictions. Quand on est au fond du trou, on ne baisse pas la tête, on regarde vers le haut ! La droite doit se mettre au travail pour incarner un nouvel idéal français, fondé sur la liberté du peuple, l’autorité de l’État et l’identité de la nation.