MERCOSUR - Jean Bizet : « Cet accord révèle au grand jour les faiblesses françaises ! »

« L’accord avec le Mercosur n’est pas un aussi mauvais accord qu’on veut bien le dire. Il révèle par contre les faiblesses de l’agriculture et de l’agroalimentaire français que la récente loi EGAlim n’a en rien solutionné. », souligne Jean BIZET, Sénateur de la Manche et Président de la Commission des Affaires européennes du Sénat.

  • Pour l’industrie et les services, il est très offensif et particulièrement bénéfique pour l’Union européenne : suppression des droits de douanes de plus de 90 % pour certaines filières, notamment automobiles et ouverture des marchés publics sur un continent en plein développement.
  • Sur le plan agricole, il est très intéressant pour la filière laitière avec 40 000 tonnes de fromages à l’exportation à droits nuls. Autre avantage, la protection de 357 indications géographiques protégées (IGP) mettant fin à de nombreuses contrefaçons trompant le consommateur.
  • Pour la filière viande bovine, l’importation de 99 000 tonnes équivalent- carcasse représente en fait 70 000 tonnes de viande proprement dite, c’est-à-dire 1,25 % de la consommation européenne à droits faibles, à hauteur de 7,5 %. Ces 70 000 tonnes d’importation potentielle sont à comparer en fait aux 8 millions de tonnes consommées annuellement en Europe.
  • En matière environnementale, il oblige les pays du Mercosur à intégrer l’accord de Paris, qui est prescriptif et interdit désormais toute déforestation en Amazonie. Quant aux phytosanitaires utilisés au Brésil et prohibés en Europe, toute importation de produit présentant des résidus supérieurs au seuil de détection sera interdite ; toute surveillance de traçabilité et tout contrôle resteront sous l’autorité de l’Union européenne. Jean BIZET souligne l’importance du déclenchement de la clause de sauvegarde pour « moraliser » ainsi toute transaction.

Si l’on peut comprendre l’inquiétude de la filière viande rouge française, Jean BIZET rappelle l’urgence de sa restructuration, maintes fois reportées, et souligne que le manque de compétitivité nationale relève plutôt du poids des charges et des exigences franco-françaises qui créent des distorsions et non de la teneur des accords commerciaux internationaux eux-mêmes. « Si les élevages extensifs bovins sont très compétitifs dans les pays du Mercosur, les standards européens exigés pour l’exportation augmentent les coûts de production de 25 à 30 % comme c’est le cas aujourd’hui au Canada, dans l’accord CETA, ce qui explique que malgré un quota de 67 950 tonnes équivalent- carcasse en 2022, le Canada n’exporte aujourd’hui que 1 000 tonnes », tient à préciser Jean BIZET.

Il serait souhaitable que la France prenne conscience que lorsqu’on signe un accord, il est essentiel de se mettre dans les meilleures conditions pour en tirer profit. En d’autres termes, l’agriculture et l’agroalimentaires françaises seraient mieux armées dans les négociations internationales si on arrêtait de sur transposer les directives européennes et rajouter ainsi des exigences sanitaires et environnementales irrationnelles au regard des études scientifiques.

Jean BIZET appelle le Gouvernement à corriger nos faiblesses en baissant les charges pesant sur l’élevage français plutôt qu’à faire du protectionnisme et invite à préciser dans le détail de l’accord le déclenchement de la clause de sauvegarde, l’exigence de réciprocité et les mesures prises pour assurer toute la traçabilité et les contrôles sanitaires qui s’imposent.