Serge Babary : Visite d’Emmanuel Macron à Amboise ; le traitement de la sécurité par le vide est-il vraiment nécessaire ?

Question d’Actualité au Gouvernement relative à la rencontre du Président de la République Emmanuel Macron et le président italien dans la ville d’Ambroise, posée par le sénateur de l’Indre-et-Loire, Mr Serge Babary, le mardi 7 mai 2019.

M. Serge Babary. Monsieur le Premier ministre, le 2 mai dernier, à Amboise, ville paisible des bords de Loire, le Président de la République, Emmanuel Macron, a rencontré le Président italien Sergio Mattarella. Cette rencontre avait pour objet de célébrer la personnalité universelle de Léonard de Vinci, mort voilà cinq cents ans.

Cet évènement symbolique rappelait l’amitié franco-italienne, quelque peu mise à mal, et surtout préfigurait, en en donnant le coup d’envoi, les festivités des cinq cents ans de la Renaissance en Val de Loire. Tout portait donc à s’attendre à un moment festif pour la population…

Las, une tornade sécuritaire s’est abattue sur la ville. Je ne résiste pas à l’envie de vous détailler les consignes passées aux habitants : circulation interdite en ville de sept heures à dix-sept heures ; stationnement interdit toute la journée, et ce depuis la veille, à sept heures ; interdiction d’aller et venir pour les piétons de sept heures à treize heures à proximité du château ; interdiction pour les habitants de paraître aux fenêtres et aux balcons.

Certes, cette dernière interdiction, envisagée dans un premier temps, a finalement été annulée. Outre l’interdiction de manifester, il y avait aussi interdiction de naviguer sur la Loire.

Cette ville touristique de 13 000 habitants, très active, accueillant près de 1 million de visiteurs par an, s’est trouvée bouclée et désertée. Une ville fantôme vidée de toute vie, un véritable désert, commentent les habitants bloqués chez eux. Tous les commerces ont leur rideau baissé. Une ambiance aussi impressionnante que ridicule…

On peut rétorquer qu’une menace terroriste est toujours présente. Ressort alors l’image de la visite du général de Gaulle, en 1959, émergeant d’une marée humaine en liesse, au pied du château.

Vu de Paris, vu de Rome, cette ville « sous cloche », comme le titrait le journal local, marquait peut-être un signe fort de l’amitié franco-italienne, mais, vu d’Amboise, c’était la sidération, l’image d’une ville parfaitement vide.

Il y a donc des questions à se poser sur les rapports d’un Président avec le peuple et de ce pouvoir avec la nation.

Le traitement de la sécurité par le vide est-il vraiment nécessaire ? S’agit-il, là aussi, d’une nouvelle doctrine sécuritaire pour les déplacements présidentiels ?

M. Christophe Castaner, ministre de l’intérieur. Monsieur le sénateur, chaque fois que nous recevons un hôte étranger du niveau du Président italien, nous devons garantir au mieux la sécurité.

Les circonstances de la semaine dernière étaient exceptionnelles : quelques jours auparavant, et je n’entrerai pas plus avant dans les détails, quatre personnes projetant un attentat contre les forces de sécurité de l’Élysée avaient été interpellées. L’enquête se poursuit, et une autre interpellation a eu lieu aujourd’hui même. L’instruction est placée sous l’autorité du procureur de Paris, dans le cadre de la section C1 chargée des activités terroristes. Pour ces raisons, il nous a semblé nécessaire d’être particulièrement vigilants.

J’ai ensuite eu connaissance, monsieur le sénateur, de dispositions qui m’ont paru disproportionnées. Certaines des mesures que vous évoquez, et que je ne remets nullement en cause, ont pu être amplifiées par souci de protection et de précaution maximum. Nous avons décidé d’en lever quelques-unes, à la suite des interrogations des élus locaux et de la presse locale, qui ne nous semblaient pas tout à fait adaptées à la situation.

Quand il s’agit de célébrer un moment aussi important et d’assurer la sécurité d’un Président de la République, quel qu’il soit, et celle d’un Président étranger, nous pouvons tous convenir qu’il est nécessaire de prendre certaines dispositions contre un risque terroriste, hélas ! permanent.