Bruno Retailleau : « Emmanuel Macron aurait pu donner un sursaut à la France, il s’est acheté un sursis » Le sénateur LR de Vendée regrette que le président ne soit pas allé plus loin dans les annonces lors de sa conférence de presse, notamment sur le temps de travail et la réforme de l’Etat.

Président du groupe Les Républicains (LR) du Sénat, Bruno Retailleau livre son analyse de la conférence de presse d’Emmanuel Macron du jeudi 25 avril, au Monde le vendredi 26 avril 2019. Propos recueillis par Sarah Belouezzane.

Qu’avez-vous pensé de la prestation du président de la République ?

Une ministre avait dit qu’après cette prise de parole « plus rien ne serait comme
avant ». Ce que je comprends à l’issue de cette prise de parole, c’est que, au contraire, tout va continuer comme avant. Il n’y a aucune remise en cause de la politique gouvernementale. Emmanuel Macron avait la possibilité de donner du sens et de faire court, ou d’entrer dans le détail, le concret, mais d’être précis. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. C’était une conférence « de presque ».

Les Français sont un grand peuple, capable de surmonter toutes les crises, à condition qu’on leur dise la vérité.

Trouvez-vous que les réponses apportées satisfaisantes ?

Derrière de grands mots, le président a beaucoup renoncé, par exemple à une vraie baisse de la dépense publique et notamment du nombre de fonctionnaires. Nous
attendions la réforme de l’Etat, nous avons une réforme de l’ENA
. Il dit que la France ne travaille pas assez, mais n’a rien proposé pour y remédier, comme la fin des 35 heures par exemple. Il met les problèmes sur la table mais les glisse aussitôt sous le tapis.

Le président avait promis une réponse institutionnelle à la crise. Comment jugez-vous les mesures présentées ?

En réalité, il recycle sa réforme constitutionnelle en la repeignant en jaune ! La proportionnelle n’est pas la réponse à la demande des Français mais le prix payé à François Bayrou pour son soutien à Emmanuel Macron pendant la présidentielle.

Le référendum d’initiative citoyenne, qui est une mesure toxique, il s’en débarrasse sur le dos des maires. Les institutions sont un faux prétexte. Ce sont elles qui ont permis à Emmanuel Macron de tenir pendant la crise.

Emmanuel Macron annonce 5 milliards d’euros de baisse de l’impôt sur le revenu, ainsi qu’un allongement de la durée de cotisations pour les retraites, deux points potentiellement compatibles avec le programme de LR...

Ce sont des mesurettes. Il ne se donne pas les marges de manoeuvre nécessaires à une vraie réforme. Certes la croissance est meilleure, mais elle est financée à crédit par de l’endettement. Or il faudra rembourser, et pour ça augmenter de nouveau les impôts. Sans compter que, pour financer les 5 milliards, le président envisage d’augmenter la fiscalité des entreprises. Cela signifie qu’il va augmenter la pression fiscale sur la production alors que la France connaît un grave problème de compétitivité.

C’est toujours le même jeu de bonneteau : on augmente les impôts des uns pour baisser ceux des autres. La seule solution est de faire des économies sur la dépense.

Par ailleurs, il veut ruser avec le recul de l’âge du départ à la retraite qui, pourtant ramené progressivement à 65 ans, rapporterait 20 milliards d’euros par an au bout de cinq ans. Il parle d’augmenter la durée des cotisations, mais c’est un jeu de dupes. Cela implique nécessairement une décote : ceux qui en auront les moyens pourront partir à 62 ans, mais pas les autres. On va vers une société du chacun pour soi, vers une France toujours plus désunie.

Il faut réformer notre modèle social mais pas déformer la solidarité nationale.

Vous êtes globalement critique. Pourtant, le président semble s’adresser à la droite en reprenant des thématiques qui lui sont chères comme les frontières, l’islam...

Je trouve au contraire qu’il a évacué ces sujets assez vite. Une fois encore, on est dans le « en même temps », dans l’ambiguïté. Celui qui hier déclarait qu’il n’y a pas de culture française vante désormais l’art d’être français.

Sur les questions régaliennes, il a été dans l’évitement, ne donnant aucune réponse sur la délinquance qui explose, par exemple. Enfin, sur l’immigration, il fait l’éloge d’une frontière qu’il a, en réalité, contribué à affaiblir.

Jamais autant de titres de séjour ont été accordés : 255 000 en 2018.

Au fond, nous avons eu un catalogue de mesures catégorielles et imprécises. Beaucoup corrigent simplement les erreurs du début du quinquennat, et les autres sont renvoyées à 2025. C’est une occasion ratée.

Je ne suis pas serein pour l’avenir. Emmanuel Macron aurait dû donner un sursaut à la France, il s’est simplement acheté un sursis.