Laurent Duplomb : Il faut sortir de cette addiction à l’impôt ?

Question d’Actualité au Gouvernement relative à sa politique fiscale, posée par le sénateur Laurent Duplomb (Haute-Loire) le mardi 26 mars 2019.

M. Laurent Duplomb. Souvenez-vous, le 13 novembre dernier, je commençais ma question en évoquant une discussion entre Colbert et Mazarin sur le défaut bien français consistant à toujours taxer, imposer et contraindre fiscalement. Pour terminer, je vous enjoignais de ne pas faire la même erreur que Marie-Antoinette, en n’entendant pas la colère monter. Je ne pensais pas si bien dire, au vu des émeutes qui ont suivi…

N’oublions pas que les premières revendications de ces manifestants étaient : « Arrêtez de nous taxer ! » et « Laissez-nous vivre de notre travail ! » Par une pirouette intelligente, vous avez mis en place votre grand débat, bel écran de fumée qui, par sa durée et les interventions dithyrambiques du Président de la République, a fait oublier le cœur du sujet.

Or quel n’a pas été mon étonnement en lisant les propositions du parti majoritaire et de vos ministres, prévoyant toujours plus de taxes et d’impôts  : augmentation des droits de succession, taxation des plus-values sur les résidences principales, retour de la taxe carbone.

Aussi, monsieur le Premier ministre, quand allez-vous enfin comprendre qu’il faut sortir de cette addiction à l’impôt ? Pouvez-vous vous engager aujourd’hui à ne créer ni augmenter aucun impôt ?

M. Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics. Monsieur le sénateur, nous partageons votre point de vue : avec les mots « les impôts », il faut utiliser le verbe « baisser ».

Nous sommes tout à fait favorables à votre proposition. À plusieurs reprises, ici même, les sénateurs et les sénatrices ont mis, à juste raison, le Gouvernement devant des contradictions, en citant des chiffres divulgués par l’Insee, que nous n’avons jamais contestés.

Or, vous l’avez constaté ce matin, pour la première fois depuis bien longtemps, l’Insee a relevé que notre gouvernement était celui qui avait le plus baissé les impôts depuis quinze ans, durant les deux premières années de notre mandat. (

Ce gouvernement a baissé en volume, ce qui n’avait pas été le cas depuis plus de vingt ans, la dépense publique. Ce gouvernement a contenu, pour la troisième fois de suite, le déficit en dessous de 3 %.

Je rappelle que, lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, le déficit était de 3,4 % ; il a baissé d’un point, pour atteindre aujourd’hui 2,5 %. Malgré tous les prophètes de malheur, nous avons la croissance la plus élevée de l’Union européenne et nous avons terminé l’année 2018 avec une croissance de 1,6 %.

Il est vrai, monsieur le sénateur, que, pour baisser les impôts, il faut baisser la dépense. Or, de ce point de vue, il y a beaucoup de croyants, mais peu de pratiquants. En effet, quand nous proposons de baisser la dépense, singulièrement à la majorité sénatoriale, il y a quelques quiproquos, sur des points de détail…

Alors, oui, notre pays doit baisser encore plus ses impôts, et c’est ce que nous faisons sur l’impôt sur les sociétés, sur la taxe d’habitation, sur tout impôt qui pourrait demain grever notre économie – le Premier ministre travaille sur les impôts de production. Mais, s’il vous plaît, adressez-nous une liste détaillée de vos propositions de baisse de la dépense publique !

M. Laurent Duplomb. Monsieur le Premier ministre, l’exemple que vient de donner M. Darmanin illustre bien ce dont on ne peut pas se féliciter, et ce malgré ses propos sur les résultats.

Le déficit de la France est de 76 milliards d’euros en 2018, contre 59 milliards d’euros pour l’Allemagne ; la dette est de 2 300 milliards d’euros, alors que l’Allemagne passe en dessous des 60 % du PIB ; le déficit de notre balance commerciale est de 65 milliards d’euros, alors que l’Allemagne réalise un excédent de 228 milliards d’euros.

Le général de Gaulle disait : « Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console. » Si la première partie de sa phrase décrit bien la situation de notre pays, tel n’est absolument pas le cas de la seconde !

Monsieur le Premier ministre, si vous voulez enfin vous consoler, agissez, et vite : faites des économies et cessez de ne penser qu’à puiser dans la bourse des Français  !