Retailleau veut que la droite « gagne dans les têtes »

Article paru dans Ouest France, le mercredi 20 mars 2019. Propos recueillis par Stéphane VERNAY et Yves-Marie ROBIN.

Le sénateur vendéen publie Refondation aujourd’hui. Dans ce livre, il donne sa vision du monde, de l’Europe et de la France. Il appelle aussi à la reconstitution de sa famille politique.


Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée, président du groupe LR au Sénat.

Dans Refondation , vous regrettez que la droite, « à la peine », soit divisée comme jamais...

Alors que sur le chômage, la compétitivité ou la sécurité, la politique d’Emmanuel Macron ne donne pas de résultats, la droite peine à incarner une alternative crédible. Cette situation nous oblige à nous redéfinir.

Comment ?

La France étouffe sous le poids des impôts, des normes... Je veux la liberté pour les entreprises, nos agriculteurs, les territoires. Il faut aussi restaurer l’autorité de l’État, devenu pesant parce que tracassier dans les petites choses et parce qu’il a oublié ses fonctions régaliennes : ordre, justice, contrôle de l’immigration... Il faut que la droite retrouve ce chemin.

Les Républicains ne le font pas ?

Pas suffisamment. Se remettre en cause n’est jamais facile. Sous l’hégémonie d’une gauche dominante, la droite s’est longtemps réfugiée dans l’économisme, c’est-à-dire la réduction de la politique à la technique. On n’a pas toujours été bon dans la gestion du pays, et on ne peut plus continuer à se définir par rapport à d’autres, Rassemblement national ou En Marche.

La droite peut-elle se relancer à la faveur des européennes ?

L’élection présidentielle, escamotée, n’a pas permis d’exposer les grands enjeux aux Français. Un tel malentendu ne doit pas se reproduire. Les peuples sont déçus par le projet européen, tel qu’il a été conduit jusqu’à présent. Il faut mettre fin aux élargissements pour fixer nos frontières, nous protéger du choc migratoire comme de la concurrence déloyale. Au lieu de cela, on a favorisé une Europe passoire, ultralibérale à l’extérieur, ultradirigiste à l’intérieur.

Les Républicains peuvent-ils se satisfaire de 15 % aux européennes ?

Non. Lors de la présidentielle, nous avons été empêchés de faire campagne, mais François Fillon a fait 20 %. Et là, on se satisferait de 15 % ?

Quelles conséquences ?

Nous devrons mettre à profit l’après-européennes pour reconstituer et élargir notre famille politique. Nous avons un archipel de la droite et du centre, assez dispersé, qu’il nous appartient d’organiser. Puis d’élargir.

Pensez-vous à la prochaine présidentielle ?

Il faut arrêter cette obsession de la personnalisation.

Avant de gagner dans les urnes, il faut gagner dans les têtes

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Moi, je m’attache aujourd’hui à créer les conditions d’une victoire intellectuelle. Pour vaincre, il faut d’abord convaincre.

Refondation , éditions de l’Observatoire, 220 pages. 20 €.