La taxe carbone est absurde : la France est déjà exemplaire

L’ancien ministre de la Défense, sénateur LR de la Meuse, s’insurge contre la tribune des 86 députés, pour la plupart de la majorité qui, dans nos colonnes, ont réclamé l’augmentation de la taxe carbone. Avec autant d’insouciance que de superficialité, 86 députés, dans une tribune publiée dans Le Figaro le 14 février, se proposent de relancer l’objectif d’une taxe carbone élevée, propre selon eux à illustrer une «  exemplarité française  » . Mais une exemplarité cette fois-ci indolore, car le produit de la taxe carbone serait redistribué à tous nos compatriotes, à l’image de ce que certains États de pays fédéraux ont institué chez eux.

L’actualité appelle à plus de prudence. Il est absurde de recourir encore davantage à un outil fiscal punitif alors qu’il existe déjà une singularité française positive : notre faible signature « carbone » , jamais prise en compte par aucun gouvernement depuis le Grenelle de l’environnement.

Certains remettent en cause l’utilité de l’exemplarité « carbone » , pour un pays qui émet moins de 1 % des émissions d’origine humaine du CO2 dans le monde chaque année. D’autres font valoir le coût élevé « carbone » en termes de compétitivité pour notre industrie, « le geste pour la planète » nous interdisant hélas le geste pour l’emploi ou pour des baisses d’impôts. Or ce constat amer et exact est généralement oublié par nos élites médiatiques autorisées.

Voilà qui explique la dissidence d’une partie de l’opinion française à l’endroit des discours convenus de nos dirigeants. Pour ma part, je refuse la fiscalité punitive ou les redistributions discriminatoires : nous sommes déjà exemplaires en termes d’émission anthropique de CO2, ce qui nous donne le droit de souffler un peu.

Cette exemplarité, nous l’avons payée par des investissements lourds dans l’énergie décarbonée et nous continuons de la payer par des charges territoriales plus élevées que partout ailleurs en Europe.

Si les Français émettent moins de tonnes de CO2 par habitant - 4,2 contre le double pour les Allemands, le quadruple pour les Américains, le quintuple pour les Chinois -, c’est surtout parce que nous avons investi. Et d’abord dans le nucléaire, compétitif aujourd’hui en fonctionnement, mais coûteux hier en investissements lors de son déploiement.

Au moment de cet effort, dans les années 70-90, l’exceptionnel Jimmy Goldsmith, alors propriétaire de L’Express , poursuivait de sa vindicte le « lobby électronucléaire » , dont les équipements étaient, jugés par lui, ruineux au regard de l’énergie fossile. Or aujourd’hui nous profitons de cet effort, même si EDF est lourdement endettée. Non à la taxe carbone, donc, tant que l’investissement n’aura pas été totalement amorti et que les consommateurs français n’auront pas retrouvé leur mise. De plus, les marges sur l’électricité que permet aujourd’hui le nucléaire doivent servir à soutenir nos activités industrielles et d’abord l’industrie nucléaire, où nous bénéficions toujours d’une avance stratégique dans le monde. Si ce n’est plus exclusivement pour le marché français, objet dans l’avenir d’un renouvellement raisonné, ce sera pour le marché mondial que nous n’avons pas intérêt à laisser à des pays concurrents. Mais il n’est pas possible, si l’on veut limiter le carbone, de renoncer au nucléaire. Ce dernier n’est pas le complément du renouvelable, il en est la condition. Une condition qu’il faut protéger et non éliminer.

L’exemplarité française a une autre raison moins glorieuse : notre désindustrialisation. Les usines émettent du CO2, et comme il y en a moins (de l’acier au ciment, en passant par la chimie et les électro-intensifs), nos émissions en France diminuent. Pas pour une bonne cause, bien au contraire puisque les emplois disparaissent. Mais en outre, l’empreinte globale en CO2 de la France augmente par le jeu des importations provenant de pays peu scrupuleux en matière d’émission de CO2. Pénaliser l’industrie nationale par une électricité chère et une trajectoire carbone élevée diminue notre richesse en augmentant notre empreinte globale.

Au-delà du nucléaire et de l’hydraulique qu’il a fallu financer, les Français payent la faible densité de notre territoire et la force de nos « puits à CO2 » que constituent notre agriculture et notre forêt. Il y a trois fois plus d’espace par habitant en France qu’en Allemagne. Notre territoire vaste et peu peuplé exige un entretien, des infrastructures, une dispersion coûteuse des services publics et des frais de transport plus élevés, tant en raison des kilomètres à parcourir que de la répartition des usagers qui les privent des transports collectifs. Notre territoire est un atout écologique, les touristes ne s’y trompent pas. Mais tous ceux qui ont un jardin le savent, l’entretien de l’espace coûte et il n’est pas question de le payer deux fois. Or, c’est ce à quoi aboutirait une taxe carbone qui frapperait la mobilité individuelle, plus coûteuse dans les territoires à faible densité de population, comme elle frapperait le logement individuel qui ne peut accéder au réseau collectif de chaleur ou simplement au réseau de gaz.

Selon quelles règles prélever et selon quelles règles redistribuer, nos 86 députés manifestement ne le savent pas ! Alors je leur propose de renoncer à leur fiscalité de l’absurde. Je leur demande de soutenir les énergies décarbonées compétitives, d’accepter la baisse tendancielle de la consommation des carburants automobiles par véhicule, ainsi que le progrès au rythme des réalités techniques et économiques des mobilités de substitution. Je leur demande de cesser de créer des niches spéculatives ou de provoquer des Français qui ont déjà payé le nucléaire par le passé et qui payent chaque jour l’entretien du plus beau puits à carbone d’Europe, notre territoire cultivé, qu’ils habitent et qu’ils font vivre.

À continuer de faire compliqué quand on peut faire simple, on se privera plus encore de la confiance du peuple. Le président semble l’avoir compris, on ne peut que s’en réjouir !