Pourquoi être contre la privatisation des Aeroports de Paris ?

Interview de Philippe Dominati, sénateur LR de Paris. Article paru dans Aujourd’hui en France, le jeudi 7 février 2019.

Pourquoi le libéral que vous êtes est-il contre cette privatisation  ?

Philippe Dominati. On est loin du libéralisme. On privatise les recettes mais les charges d’ADP resteront supportées par les contribuables. Je vous signale d’ailleurs que dans le pays le plus libéral du monde, les Etats-Unis, les aéroports sont publics.

L’opération rapporterait 10 Mds€ à l’Etat. Ce n’est pas suffisant à vos yeux  ?

Ce chiffre de 10 milliards est loin de la valeur réelle d’ADP. On brade donc pour pas grand-chose une très belle entreprise qui rapporte des dividendes à l’Etat. Le président d’ADP lui-même affirme qu’il n’a pas besoin de la privatisation pour assurer le développement de l’aéroport. Il n’y a pas en fait de réel intérêt à cette privatisation en dehors du fait que le gouvernement a un besoin urgent d’argent. Nous lui demandons de tirer les leçons de la privatisation des autoroutes. Ne faisons pas deux fois la même erreur.

La privatisation de l’aéroport de Lyon (Rhône) n’a-t-elle pas été un succès  ?

Le problème est que, si Vinci exploite les aéroports de Paris et de Lyon, on aura cédé un monopole public pour renforcer un autre monopole ou, au moins, une position dominante. La chose déplaisante dans ce dossier est l’impression que la messe est déjà dite, que les jeux sont faits. Lorsque Emmanuel Macron était ministre des Finances de François Hollande, il a fait entrer Vinci sans concertation au capital d’ADP. Le projet actuel de privatisation n’est que l’aboutissement d’une stratégie lancée il y a plusieurs années. Nous sommes aussi inquiets du fait que même de grands groupes partenaires de l’Etat peuvent faire l’objet de prise de contrôle par des acteurs étrangers. On l’a vu avec le Club Med (NDLR : racheté en 2015 par le chinois Fosun).