Privatiser ADP est une mauvaise idée !

Aucun des arguments avancés par le gouvernement pour justifier les privatisations ne résiste à l’examen.

Aéroport de Paris, c’est un monopole. Peut-on privatiser un monopole ? Les privatisations se justifient dans le cas d’entreprises œuvrant sur un marché concurrentiel, où le privé est censé être mieux armé pour affronter la compétition. Ce n’est pas le cas, en revanche, s’agissant de situations de monopole ou une entreprise privée deviendrait détenteur d’une forme de rente que rien ne justifie. La privatisation des autoroutes devrait pourtant nous servir de leçon.

Un aéroport, c’est aussi une frontière. Peut-on privatiser une frontière ? Le caractère stratégique des aéroports parisiens, qui jouent un rôle-clé en matière de sécurité, n’est plus à démontrer. D’ailleurs, aux Etats-Unis, la quasi-totalité des aéroports demeurent sous strict contrôle public. Que ce soit à Munich, Francfort, Madrid, les aéroports demeurent sous contrôle public également. Ces infrastructures stratégiques entrent dans le périmètre régalien, nous ne pouvons pas nous en en séparer si facilement ; surtout lorsque cette cession risque de laisser un secteur entier de notre économie contrôlé par une poignée d’entreprises.

Aéroport de Paris est une entreprise florissante. Pourquoi la privatiser dans ce cas-là ? Les dividendes qu’elle verse à l’Etat chaque année s’élèvent entre 170 et 200 millions d’euros, soit quasiment le montant que l’Etat compte investir dans les domaines de l’intelligence artificielle et des nanotechnologies. L’argument du financement va à l’encontre des chiffres.

Enfin, le manque de précisions des conditions de la vente, la mise en place d’une concession d’une durée de 70 ans, les risques d’abus de situation de monopole et le manque à gagner pour l’Etat sur le long terme sont autant de raisons de douter de la pertinence de ces privatisations qui ne profiteront ni à l’économie, ni aux Français !