Bruno Retailleau : « Le terrorisme n’est pas une fatalité »

Interview de Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et président du groupe Les Républicans Sénat, dans Le Figaro (N° 23121, jeudi 13 décembre 2018

LE FIGARO. - La France a connu un nouvel attentat perpétré par un fiché S. Quelle leçon en tirez-vous  ?

Bruno RETAILLEAU. - On est en face d’une forme d’horreur mécanique. C’est la régularité métronomique des attentats islamistes. C’est aussi la duplication d’un profil type des terroristes. Ce sont toujours les mêmes : des individus jeunes, nés en France, déjà condamnés et fichés S. Le problème de la régularité, c’est le risque de l’accoutumance. Nous ne devons pas nous résigner au pire. Le terrorisme n’est pas une fatalité.

Le ministère de l’Intérieur s’est voulu prudent sur les motivations exactes de l’attentat de Strasbourg. A-t-il raison  ?

La prudence, oui  ; l’aveuglement, non. À force de brandir la stigmatisation, on finit par nier l’évidence. Le problème ce n’est pas l’islam, mais c’est dans l’islam qu’il se pose.

Vous avez parlé aussitôt de « guerre contre le terrorisme et l’islamisme radical ». Comment lutter  ?

Le djihadisme n’est que la partie émergée de l’iceberg islamiste. Il faut bien sûr expulser les fichés S étrangers et déchoir de leur nationalité les binationaux qui représentent une menace, sans oublier la lutte contre la délinquance de droit commun, qui est l’un des terreaux du terrorisme. Mais il faut aussi lutter contre l’islam identitaire qui s’érige contre l’identité française. Le port de la burqa doit devenir un délit, nous ne de-vons avoir aucune complaisance avec le communautarisme et il faut lutter contre le salafisme avec notre arsenal juridique contre les sectes.

Nous ne devons avoir aucune complaisance avec le communautarisme et il faut lutter contre le salafisme avec notre arsenal juridique contre les sectes »

Vous avez ajouté : « Il en va de notre sécurité mais aussi de notre civilisation… »

Oui, c’est pourquoi c’est si grave quand Emmanuel Macron dit qu’il n’y a pas de culture française. Combattre la barbarie, c’est réaffirmer ce que nous sommes : une république laïque et une na-tion civique. Je suis contre l’islam de France car l’islam n’a pas à avoir un statut particulier dans la République   ; la loi de 1905 doit s’imposer à tous. La réponse passe aussi par l’assimilation : une fois pour toutes, il faut choisir  ; personne ne peut être français à moitié. Le service civique doit être un service d’accès à la nationalité.

La France a signé le pacte de Marrakech, souvent présenté comme une réponse coordonnée aux migrations. Que reprochez-vous à ce texte  ?

Ce document part du principe que « les migrations sont facteurs de prospérité », alors qu’elles sont trop souvent un facteur de déracinement pour ceux qui émigrent et un facteur de déstabilisation culturelle pour les pays d’accueil. Par ailleurs, il est faux de prétendre qu’il n’emporte pas de conséquences. En signant ce pacte, les pays prennent l’engagement moral d’adapter leur législation. Il est temps de rompre avec cette conception angélique de l’immigration. Les sociétés multiculturelles sont toujours des sociétés multiconflictuelles. C’est le déni des élites qui crée le repli des peuples. Partout dans le monde occidental, les insurrections électorales se multiplient car les élites sont insensibles aux angoisses des citoyens et sourdes à leurs choix. Le pacte de Marrakech engage la France et pourtant personne n’a demandé leur avis aux Français.

L’urgence attentat décrétée par Christophe Castaner doit-elle empêcher les « gilets jaunes » de manifester samedi  ?

Je n’ai pas la prétention de donner des consignes à quiconque. Mais dans ce moment dramatique, j’appelle à la responsabilité de chacun, notamment pour ménager nos forces de l’ordre. Il faut sortir de cette crise.

La crise sociale et politique actuelle est-elle simplement l’expression d’une angoisse fiscale  ?

C’est un double cri d’angoisse, la peur de perdre à la fois son niveau de vie et son mode de vie. En France, le travail ne paye plus, notamment parce qu’il y a trop d’impôts. La première revendication, c’est la baisse des taxes qui étranglent les classes moyennes, ceux qui sont trop riches pour être aidés et trop pauvres pour boucler leurs fins de mois. Mais il y a aussi un cri existentiel, celui d’un peuple qui veut être respecté dans ses aspirations. Les Français veulent conserver leurs solidarités, leur identité, tout ce qui les tient ensemble. Ils ne se reconnaissent pas dans le progressisme macronien qui a pour seul horizon la mondialisation heureuse, l’émancipation individuelle et la start-up nation. Si les Français se rassemblent sur les ronds-points, c’est parce qu’ils ne veulent pas se perdre au grand carrefour du village global.

« Les Français veulent conserver leurs solidarités, leur identité, tout ce qui les tient ensemble »

Vos opposants vous reprochent de faire la course avec le Rassemblement national sur les thèmes sécuritaires et identitaires. Que répondez-vous  ?

Alors qu’hier des personnes étaient décédées, des personnes étaient blessées, que des opérations de police étaient encore en cours, nous avons assisté à un concours de tweets emporté au finish par Laurent Wauquiez contre Marine Le Pen »

C’est une vieille technique d’intimidation. Moi, je ne cours après personne, mais j’essaie aussi de ne pas courir après les événements. La droite ne redeviendra audible que si elle est crédible.