Laure Darcos : Allez-vous enfin entendre la souffrance qu’expérimentent les Français ?

Question d’Actualité au Gouvernement posée par la sénatrice Laure Darcos (Essonne), portant sur le pouvoir d’achat des français. Le Ministre de l’Action et des Comptes Publics, Gérald Darmanin, répond à cette question.

La sénatrice Laure Darcos : Un an et demi après l’avènement du nouveau Monde, les Français sont désespérés, exaspérés ! Bien sûr, vous héritez d’un passif lourd, mais 73 % d’entre eux ont le sentiment que leur situation s’est dégradée et qu’ils sont injustement pénalisés. Chez les retraités, ce chiffre atteint du jamais vu : 94 %. Et ils se sentent, de surcroît, méprisés, traités de « Gaulois réfractaires » ou de « fainéants ».

Les classes populaires et moyennes sont accablées par l’impôt : hausse de la CSG pour les retraités, hausse de la fiscalité énergétique, baisse des aides au logement, si bien que la France est championne du monde des impôts et des taxes ! Ce matraquage n’est plus compris, d’autant qu’il est inefficace, puisque la dette publique continue de s’envoler, sans créer d’améliorations. Les territoires sont abandonnés, désertés par les services publics et de santé, les commerces et les transports. Et ensuite, on explique qu’il nous faut renoncer à la voiture, on surtaxe le carburant, on parsème les routes de radars qui ont généré près de 2 milliards d’euros de recettes en 2017.

Vous étranglez financièrement les collectivités à coups de réductions des dotations, faisant porter sur les maires la responsabilité d’arbitrer des hausses de fiscalité.

Vous êtes durs avec les Français ! La voilà la réalité. Votre politique est injuste et illisible. Pis, elle déconsidère, aux yeux des gens, la parole politique elle-même.

La France qui travaille souffre : elle peine à boucler les fins de mois, elle peine à payer la cantine scolaire des enfants, elle peine à se nourrir correctement, à se loger dans le parc social, et elle peine à affronter les accidents de la vie. Depuis ce week-end, cette phrase est sur toutes les lèvres : « Les élites parlent de fin du monde, quand nous, on parle de la fin du mois ».

Ma question sera simple, monsieur le ministre : quand votre gouvernement va-t-il enfin passer de l’idéologie à la réalité ? Allez-vous enfin entendre la souffrance qu’expérimentent les Français, y compris ceux qui vous avaient fait confiance et qui ne croient plus en rien ?

Lien de la QAG de la sénatrice Laure Darcos sur YouTube : https://youtu.be/LSCH4I5c18Y

M. Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics. Madame la sénatrice Laure Darcos, c’est un sujet grave et important que vous évoquez. Finalement, c’est la question de la réussite du quinquennat du Président de la République. Nous souhaitons tous, je n’en ai aucun doute, que la France réussisse durant ces cinq ans – à l’égard d’un peuple qui souffre et qui, vous l’avez dit, connaît trop de taxes, trop de dépenses publiques et par ailleurs trop de dettes.

Avouez-le avec moi – vous l’avez dit, et ce n’est pas qu’un passif récent –, de nombreux gouvernements depuis quarante ans, c’est-à-dire, permettez-moi de vous le dire, avant la naissance du Président de la République lui-mêmen, la France, sous diverses majorités et pour des raisons très différentes, a présenté des projets en déséquilibre.

Madame la sénatrice, permettez-moi de vous dire que vous m’appelez, et vous appelez le Gouvernement, à la cohérence, c’est-à-dire à baisser les impôts. J’y suis très favorable, et pour cela, il faut baisser la dépense publique. Et j’y suis très favorable.

D’ailleurs, je m’enorgueillis, sous l’autorité du Premier ministre, de présenter un projet de loi de finances et un projet de loi de financement de la sécurité sociale qui prévoient 0 % d’augmentation de la dépense publique – c’est la première fois depuis vingt et un ans, madame la sénatrice.

Permettez-moi, et n’y voyez aucune espèce de mépris de ma part, de vous appeler, dans le débat parlementaire, à la même cohérence. J’ai suivi la discussion avec Olivier Dussopt, mais en regardant bien les horaires de présence, j’ai constaté que j’ai été présent aux deux tiers des débats parlementaires en commission et dans cet hémicycle.