Maires de France, maires pour la France

Tribune de Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, et Hervé Marseille, président du groupe Union centriste, publiée dans Ouest France le 27 novembre 2018.

49 % disent ne pas vouloir se représenter. Cette lassitude civique est la conséquence d’une prise en tenaille par le haut et par le bas. Les maires sont le point de confluence de toutes les difficultés.

Par le haut d’abord. Depuis 2013, les municipalités ont vu leur dotation globale de fonctionnement amputée de près du quart. Les collectivités font des efforts considérables et ont baissé leurs dépenses de 27 milliards pendant que l’État augmentait les siennes du même montant. Et ce sont pourtant elles qui sont montrées du doigt. « #balancetonmaire » en étant l’ultime illustration.

À cela s’ajoute une asphyxie réglementaire. Les normes, les risques juridiques, les injonctions ne cessent de croître. Tant d’énergie dépensée pour un résultat aussi incertain que lointain. Le développement d’intercommunalités imposées a fini par désespérer les élus locaux qui dénoncent, pêle-mêle, le temps perdu dans des réunions toujours plus nombreuses et l’illusion que le maire a encore les moyens de décider dans sa commune. Une relation asymétrique met en lumière une perte d’autonomie qui ne permet plus au maire de mener la politique pour laquelle il a été élu.

Tête de pont de la démocratie

Le malaise des maires se nourrit également d’un État de plus en plus jacobin, qui impose ses solutions parisiennes. Or l’avenir de la France ne peut se résumer à Paris et à quelques métropoles qui bénéficient des bonnes grâces des administrations centrales.

L’étau se resserre également par le bas. L’individualisme contemporain conduit le citoyen à réclamer toujours plus de droit sans même avoir conscience d’un destin commun avec ses semblables. Trop souvent l’identité du « je » a pris le dessus sur l’identité du « nous » et l’administré se mue en consommateur aux exigences contradictoires. Aux premières loges de cet individualisme qui revendique, il y a le maire.

Malgré ces constats, le maire est l’institution dans laquelle les Français ont le plus confiance.

Si la France communale de demain ne doit pas être la France communale d’hier, nous ne devons jamais oublier que les maires sont les têtes de pont de la démocratie. Là où la technocratie se couvre, ils s’engagent comme lors des inondations dans l’Aube. Là où l’État bat trop souvent en retraite, ils tiennent la ligne, celle de la laïcité et de la sécurité au quotidien. Là où les services publics s’évaporent, ils soufflent un vent de proximité.

Le Sénat a formulé trente propositions pour redonner aux maires des raisons d’espérer. Renforcement de leur autonomie financière et inscription dans la Constitution du principe « qui décide paie », assouplissement des règles s’appliquant à l’intercommunalité pour permettre une adaptation aux réalités locales, amélioration des mécanismes de simplification des normes, création d’un véritable statut de l’élu : toutes ces mesures visent à rétablir la confiance entre l’État et les communes.

«  La France a eu besoin d’un pouvoir fort et centralisé pour se faire. Elle a aujourd’hui besoin d’un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire  », déclarait à raison François Mitterrand. Notre décentralisation n’est pas parfaite mais ses lignes de force supplantent largement ses points de faiblesses. Car ce que la verticalité survole, la proximité s’y attarde, prenant le temps de l’efficacité.

Les maires de France sont maires pour la France.

Sans nos petites patries charnelles, quel visage offrirait la grande patrie française sinon des solidarités sans visages et sans héritages ? Les territoires sont ce que notre pays a en plus, les maires un supplément, et non des supplétifs. Un supplément d’âme civique. »

Bruno Retailleau président du groupe Les Républicains au Sénat et
Hervé Marseille président du groupe Union centriste.