Vincent Ségouin : Le malaise des élus locaux

Question d’Actualité au Gouvernement portant sur le malaise qu’éprouvent les élus locaux, posé par Vincent Ségouin, Sénateur de l’Orne, le jeudi 22 novembre 2018.

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Sénateur Vincent Segouin : Que de chemin parcouru depuis 2017 !

J’entends encore vos slogans de campagne : « Il faut en finir avec le “vieux monde” » ; « il faut remettre les Français au cœur de la vie politique » ; « les Français attendent que les pratiques de leurs responsables politiques deviennent plus représentatives, plus responsables et plus efficaces »…

Monsieur le Premier ministre, avez-vous objectivement l’impression d’avoir atteint ces objectifs ?

J’entends les retraités, les automobilistes avec les 80 kilomètres-heure, certains de vos députés, les conseillers départementaux, et bien d’autres… Tous déçus !

J’entends ces «  gilets jaunes », ces familles qui n’ont jamais manifesté, mais qui ne supportent plus l’augmentation des carburants et des taxes, ces familles qui travaillent, mais qui sont à découvert dès le 20 du mois.

J’entends aussi ces maires, qui ont perdu leur liberté d’agir et dont les budgets sont en baisse, mais qui restent responsables de tout, y compris des catastrophes, ces maires écœurés qui ne veulent pas renouveler leur mandat en 2020.

Vous entendez, monsieur le Premier ministre, mais vous n’écoutez pas !

De plus en plus, nous avons l’impression d’être tous ensemble dans un avion.Le Président de la République et vous-même, monsieur le Premier ministre, enfermés dans le cockpit ; les Français, tous passagers ! Aux commandes, vous luttez pour ne pas perdre de l’altitude. Mais rien n’y fait : la croissance est en berne, le chômage reste au même niveau, la balance du commerce extérieur est toujours négative, les dépenses de l’État augmentent, le sentiment d’insécurité persiste.

La porte est close ; vous ne répondez plus aux passagers, qui s’inquiètent !

Vous envoyez pourtant par moment vos chefs de cabine, comme Mme le ministre de la cohésion des territoires, pour nous dire que tout va bien, ou le ministre de l’intérieur, pour vérifier que nos ceintures sont bien attachées et que personne ne bouge. Même votre ancien ministre de l’intérieur l’a compris et a pris son parachute !

Quand allez-vous comprendre que vous n’y arriverez pas seuls ?

M. Marc Fesneau, ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement.

Je vais essayer de répondre concrètement à votre question, monsieur Segouin, en particulier sur le malaise des élus locaux. Ne croyez pas que nous ne comprenons pas la situation que vous décrivez. Je vous renvoie aux propos tenus hier par le Président de la République.

En réalité, sur bien des sujets, les élus locaux se trouvent dans une situation d’impasse et d’impuissance : transition écologique, transports, désertification médicale, haut débit…

Que fait le Gouvernement ? Il élabore un plan de 3 milliards d’euros pour que le haut débit soit déployé sur l’ensemble du territoire en 2022.

Il met fin au numerus clausus pour que davantage de médecins, pratiquant selon des formes nouvelles, exercent demain dans les territoires.

Ce ne sont pas de vaines promesses, mais des actes concrets.

Certes, on ne résoudra pas tous les problèmes en quelques mois. Le Gouvernement mène des réformes structurelles, et c’est sans doute parce qu’elles n’ont pas été faites avant que nous sommes dans la situation que vous décrivez fort justement, monsieur le sénateur. Nous prenons notre part de responsabilité, tout comme le Sénat a pris les siennes en votant certains textes portés par la majorité. C’est une bonne chose quand on peut se retrouver.

Enfin, permettez-moi, à titre personnel, de vous dire combien nous devons être attentifs à la situation du moment. Il n’est pas acceptable d’insulter, d’intimider ou de menacer des élus locaux ou des élus de la Nation. Il n’est pas acceptable de voir fleurir sur des réseaux sociaux des appels à la haine ou à la destruction.

Quand on s’en prend à des élus locaux ou des parlementaires, de la majorité comme de l’opposition, c’est la République que l’on attaque, et c’est elle qu’il faudra défendre, au-delà des mesures que nous devons prendre pour répondre aux angoisses de nos concitoyens.