Gérard Larcher, Président du Sénat, était l’invité de Territoires d’Infos sur Public Sénat

À la veille du congrès de l’Assemblée des Départements de France (ADF), Gérard Larcher, le Président du Sénat, est l’invité exceptionnel de « Territoires d’infos » de 7h30 à 9 heures ce mercredi 7 novembre.

Article publié sur le site de Public Sénat 07/11/2018 à 07:09.

Gérard Larcher répond en direct aux questions de Cyril Viguier et des éditorialistes de la presse régionale, mercredi 7 novembre, de 7h30 à 9 heures. Le président Les Re du Sénat sera interrogé sur les questions territoriales, sur la politique nationale et internationale. Retrouvez tous les temps forts en vidéo ici.

Extension de la PMA à toutes les femmes : Gérard Larcher veut un « débat digne »

Sur la révision des lois de bioéthique, qui comportera notamment la proposition d’étendre la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules, Gérard Larcher veut « un débat digne » et « un débat qui aille au fond des choses ».

« On a des questions fondamentales, en matière de génétique, de thérapie génique, de recherches sur l’embryon. Tous ces sujets, nous devons les aborder », a déclaré le président du Sénat. Sur la PMA, la levée de l’anonymat et la gratuité du don devront être posées dans le débat, selon Gérard Larcher, qui réclame aussi une « traduction très claire du refus de la GPA (gestation pour autrui) » dans le texte.

« Je veux être un facilitateur. Moi, je suis sur ces sujets ouverts avec des exigences, on traite de l’humain, on dépasse nos clivages politiques », a-t-il indiqué. « J’ai un modèle, c’est le débat qui a eu lieu ici sur l’interruption volontaire de grossesse ».

Gérard Larcher « propose une nouvelle étape de la décentralisation »

« Un État fort a besoin d’un parlement fort. Un État fort n’a pas peur de la décentralisation » a exposé Gérard Larcher. Avant de proposer « une nouvelle étape de la décentralisation(…) Le jour où nous aurons trouvé l’apaisement avec les collectivités locales, en ajustant la loi NOTRe, et les lois métropoles »

« Le Sénat a fait son devoir » dans l’affaire Benalla

Gérard Larcher a réagi aux propos d’Emmanuel Macron, qui mentionnait la veille « une excitation générale » et une « perte de mesure » dans l’affaire Benalla. « Regardez les images. C’était hystérique ? Non. Peut-être hystérique ailleurs mais pas au Sénat », a répondu Gérard Larcher, faisant allusion aux séances agitées de l’éphémère commission d’enquête de l’Assemblée nationale.

Réfutant toute instrumentalisation politique, Gérard Larcher a répondu que la commission présidée par Philippe Bas (LR) était « totalement indépendante, autonome ». « N’ayons pas peur des contre-pouvoirs […] Le Sénat a fait son devoir ».

Le président du Sénat s’est moqué de l’attitude du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, qui avait mis en cause la « déontologie » de Philipe Bas. « Comme déontologue, vous repasserez, hein. Il est spécialisé dans la gauloise, lui  », a taclé le président des sénateurs. Fin octobre, le secrétaire d’État avait déclaré : « Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel. Ça n’est pas la France du XXIe siècle que nous voulons. »

« Il n’est pas impossible que nous introduisions dans la Constitution des éléments chiffrés et territoriaux » pour le nombre de parlementaires

Interrogé sur la réforme constitutionnelle, Gérard Larcher a rappelé qu’il était « prêt » au dialogue, tout en posant « un certain nombre de conditions : pas d’abaissement des droits du Parlement, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas moderniser  », défense du « bicamérisme » et la défense des territoires.

Confirmant des propos du président de la commission des lois, Philippe Bas, la semaine dernière à Public Sénat, il affirme qu’« il n’est pas impossible que nous introduisions dans la Constitution des éléments chiffrés et territoriaux, que le gouvernement avait préféré renvoyer dans le projet de loi organique, c’est-à-dire le nombre de parlementaires et la territorialisation de ces parlementaires ».

Alors qu’il affirmait depuis longtemps vouloir examiner en un seul bloc l’ensemble des trois textes qui composent la réforme, cette idée permettrait ainsi d’examiner séparément les projets de loi constitutionnels, organiques et ordinaires, comme le souhaite le gouvernement. «  Sur la partie constitutionnelle, qui est un préalable, il y aura des navettes, qui sont illimitées. Mais nous lierons (les textes) les uns aux autres », mais sa « démarche a toujours été un accord global » souligne-t-il.

Il rappelle son exigence : « Aucun territoire de ce pays ne peut être représenté en tant que tel. Et de là, on arrive au nombre » voulu. Sur l’ordre du jour, « c’est inacceptable ce qui nous est proposé, un gouvernement qui aurait l’ordre du jour ».

Il ajoute : « Jamais nous ne lâcherons sur les droits du Parlement ».

Quant au redécoupage des circonscriptions, en raison de la réduction du nombre de parlementaires, il « propose qu’on l’écrive à plusieurs mains, c’est comme le piano ».

Laïcité : « Dans certaines communes, j’ai le sentiment que la République s’est effacée »

Gérard Larcher souhaite « trouver avec l’islam une relation apaisée et sereine comme la République l’a trouvée avec d’autres religions » (…) « Dans certaines communes, j’ai le sentiment que la République s’est effacée devant des projets politiques d’une autre nature ».

En ce qui concerne la laïcité, le président du Sénat a émis plusieurs propositions : « formation des imams et aumôniers », « transparence du financement » (des cultes), « lutte contre l’islam radical », « égalité homme femme ».

Gérard Larcher attend les propositions du gouvernement. « Nous en aurons à faire (…) Au Sénat, depuis maintenant quatre ans, il y a un travail en profondeur qui est fait » a-t-il loué.

« On ne peut pas dire que le dialogue social soit dans une forme olympique »

« Ce dialogue a été parfois un peu raccourci », a fustigé l’ancien ministre du Travail, interrogé sur la politique sociale du président de la République. «  La question qu’il faut se poser avec Emmanuel Macron, c’est le rôle et la place des corps intermédiaires […] On ne peut pas ne pas prendre en compte la nécessité du dialogue avec les partenaires sociaux […] Les corps intermédiaires servent à coudre ensemble cette République qui a tendance à se communautariser, à se replier par petits groupes ».

« Le dialogue social, c’est une attitude permanente », insiste le président du Sénat, qui se définit aussi comme « fantassin du dialogue social ».

« Je ne veux pas d’une Europe qu’on aborde d’une manière anxiogène »

Interrogé sur Laurent Wauquiez, président du parti LR, qui souhaite faire de l’immigration un thème central des élections européennes, Gérard Larcher affirme : « Je ne veux pas d’une Europe qu’on aborde d’une manière anxiogène. Je parlais du clip du gouvernement, largement plus anxiogène que les propos de Laurent Wauquiez. Mais nous savons qu’il n’y a pas de solution aux frontières, au développement, dans une Europe, qui bientôt ne sera qu’une petite partie du monde dans sa démographie, sans une réponse collective et européenne ».

Si ses propos peuvent avoir une teneur « adoucissante », « ça ne veut pas dire ne pas dire les choses ». « On ne peut pas laisser un espace entre LREM et le RN, qui ne soit pas incarné. C’est la responsabilité des Républicains, et des centristes » affirme-t-il, avec qui il faut établir « un projet alternatif ».

Europe : « Le clip du gouvernement, je le dénonce »

Gérard Larcher a répondu à Emmanuel Macron qui dans un entretien il y a quinze jours, se disait frappé par « la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres ».

« On n’est pas dans les années trente. Les institutions européennes existent » a-t-il fait valoir.

Sur ce sujet, le président du Sénat est revenu sur le clip du gouvernement censé inciter les Français à voter pour les élections européennes. «  Il va susciter des angoisses. Et utiliser le visage d’Orban et de Salvini dans un clip sur la participation (…) on a mieux à faire à rassembler pour l’Union européenne (…) les traiter de fous ne me paraît pas la meilleure manière. Et en plus je trouve que c’est inutilement anxiogène. Plus on créera de l’anxiété moins on apportera de réponse et plus vous aurez un vote populiste au printemps prochain » a-t-il considéré avant d’ajouter qu’il « dénonçait le clip du gouvernement ».

Alors qu’Emmanuel Macron a récemment critiqué l’ultralibéralisme au sein de l’Union européenne, Gérard Larcher pense « que le rôle l’Union, européenne et des États est de tempérer le libéralisme (...) L’Europe doit protéger sur la question migratoire, sur la défense, protéger son marché intérieur ».

Résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis : « Une chance pour les États-Unis », estime Gérard Larcher

Le président du Sénat a estimé que les résultats des élections de mi-mandat, marquées par la reprise de la Chambre des représentants par les démocrates, étaient une chance pour les Américains, avec la naissance d’un contre-pouvoir à Donald Trump. « 

En démocratie, les contre-pouvoirs sont toujours utiles […] Quand je plaide pour le bicamérisme et le contre-pouvoir que constitue le Sénat dans la République française, je plaide toute simplement pour qu’il y ait toujours dans une démocratie le temps de l’interrogation, le temps de la critique, le temps de la proposition différente

 », a insisté Gérard Larcher.

« C’est vrai que ça avait un côté référendaire cette élection de midterm, rapport à l’attitude de M. Trump qui voyait l’America first, et j’allais dire, alone », a-t-il conclu.

« Je suis un fantassin du dialogue »

Gérard Larcher se présente en défenseur du dialogue, y compris avec Emmanuel Macron. « Je ne souhaite pas être dans ma tranchée, pour faire un parallèle avec une mémoire historique. Je souhaite simplement qu’un jour on se retrouve et on se serre la main, et qu’on ait notre nuit de Noël à nous » dit-il, en référence aux moments de trêve et de fraternisation dans les tranchées, entre soldats français et allemands, lors de la Grande guerre de 14-18.

« Ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous divise » ajoute le président du Sénat.

« Il faut toujours donner la chance au dialogue » estime Gérard Larcher. « Si je suis un fantassin, je suis un fantassin du dialogue. Je l’ai été quand j’ai été ministre du Travail. Il ne faut jamais renoncer à se parler, sauf quand les valeurs essentielles sont en cause ». Le sénateur des Yvelines affirme avoir « des relations avec Emmanuel Macron qui sont plutôt simples, plutôt directes ». Quant au dialogue avec les territoires, il affirme : « Je crois que le Président a entendu les territoires. Aujourd’hui, il faut le traduire dans le concret ».

#BalanceTonMaire : « C’est vraiment la démarche populiste par excellence » fustige Gérard Larcher

La réforme de la taxe d’habitation a entraîné sur les réseaux sociaux, la création du hashtag #balancetonmaire. « C’est vraiment la démarche populiste par excellence. Si on pense que c’est en montrant du doigt les maires et conseils municipaux, qu’on va donner confiance à la République. Là, on se plante. Et je l’ai dit très directement au président de la République » a fustigé Gérard Larcher.

Le président du Sénat note que le gouvernement « en est à son sixième scénario de remplacement de la taxe d’habitation (…) on va bientôt attaquer le septième scénario et ce septième scénario, je souhaite qu’on le bâtisse ensemble (avec le Parlement et les élus locaux » a-t-il demandé.

« Pour renouer avec la confiance, il faut le respect », insiste Gérard Larcher

Interrogé sur le périple présidentiel dans le Grand Est à l’occasion du centenaire de la fin de Première Guerre mondiale, le président du Sénat a salué l’initiative d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, le chef de l’État réunira un Conseil des ministres délocalisé à Charleville-Mézières. « Je crois que la démarche d’itinérance, pour la mémoire, pour la nation, est une démarche que je trouve positive et intéressante », a indiqué Gérard Larcher. « Est-ce que ça suffit à renouer avec le pays ? Il en faut plus beaucoup plus. Il faut surtout pour renouer avec le pays, retrouver la confiance. Et pour renouer avec la confiance, il faut le respect. »

Citant le général de Gaulle, le président du Sénat a affirmé qu’il n’était pas question d’opposer les métropoles aux villes moyennes et petites. « C’est l’occasion de réaffirmer que la France c’est tout à la fois », a-t-il insisté.

Carburant : Larcher salue « un premier geste » de Macron, mais appelle à modifier la taxe sur les carburants

Interrogé sur la grogne contre la hausse des prix des carburants, Gérard Larcher souligne qu’« il y a un vrai problème de compréhension entre les Français et l’exécutif, au-delà des carburants, qui ne sont qu’un exemple ».

Il salue « un premier geste » d’Emmanuel Macron, qui propose des mesures compensatrices pour les automobilistes. « Mais le vrai geste, c’est l’annualité de la taxe et il faut se poser la question réelle : où va cet argent ? ». « Il n’y aura pas quelques euros de plus pour la transition écologique » souligne-t-il. Il propose de profiter du budget pour modifier la taxe sur les carburants.

Immeubles effondrés à Marseille : « Face à ce drame humain, il y a un impérieux devoir d’aller plus vite »

Pour commencer, le président du Sénat est revenu sur le drame des immeubles qui se sont effondrés, lundi, à Marseille. La Haute assemblée a travaillé le mois dernier sur l’habitat indigne dans le cadre de l’examen de la loi ELAN. « Nous avons fait un certain nombre de propositions (…) notamment pour renforcer la lutte contre l’habitat indigne, pour clarifier les responsabilités des uns et des autres. Nous avons habilité le gouvernement à légiférer par ordonnances par ce qu’il y a un vrai maquis. Aujourd’hui, il y a 13 intervenants potentiels » a-t-il déploré.

«  Ce n’est pas que le drame de la pauvreté, c’est aussi le drame de la complexité administrative  » a noté Gérard Larcher, avant d’ajouter : « C’est un drame humain. Et face à ce drame humain, il y a un impérieux devoir d’aller plus vite (…) Voilà pourquoi, sortez vite les décrets de la loi ELAN » s’est-il adressé au gouvernement.