Sophie Primas : « Un président ne devrait pas dire ça »

Question d’Actualité au Gouvernement de Sophie Primas, Présidente de la Commission des Affaires Economiques du Sénat et Sénateur des Yvelines, adressée ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Monsieur le ministre, vous le savez mieux que quiconque, dans une Europe et un monde plein de tensions, la diplomatie est l’art de jeter des ponts qui permettent le dialogue au-delà des différences. Voilà qui devrait conduire à bannir toute forme de propos inutilement blessants pour nos interlocuteurs dont la légitimité démocratique n’est pas contestable, même si le résultat ne nous plaît pas.

Malheureusement, quand j’écoute certaines déclarations du Président de la République, je doute de notre capacité à être ceux qui maintiennent le lien et qui unissent. C’est pourtant le rôle que la France a toujours assigné à sa diplomatie.

Est-il constructif de déclarer à propos de deux dirigeants européens : « Ils ont raison de me voir comme leur principal opposant » ? Est-ce le rôle du chef de l’État de parler de certains de ses collègues européens en ces termes : « Que font ces esprits fous » ? Un Président ne devrait pas dire ça !

Le combat contre le nationalisme est un vrai combat. C’est un combat exigeant. C’est mettre toutes nos forces dans la reconstruction d’une Europe exigeante sur les valeurs, qui doit à la fois panser les plaies d’un divorce douloureux, écouter les peuples et se consacrer aux grands projets.

Depuis quelques mois, nos relations avec nos voisins européens se sont dégradées.

Au-delà de l’Europe, les tensions demeurent avec la Russie, et après un départ en fanfare aux côtés de Donald Trump, la réalité aujourd’hui est bien différente.

Monsieur le ministre, vous êtes connu pour votre sens de la mesure et pour votre habileté. Le Breton que vous êtes sait qu’il faut contrôler ses émotions si l’on veut être respecté et efficace.

Ne croyez-vous pas que la voix de la France a beaucoup à perdre si elle se laisse trop souvent aller à l’anathème de la bouche même de son Président ?

Réponse du Ministre de l’Europe et des affaires étrangères :

Madame la présidente, alors que je me trouvais à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, il y a eu deux grands discours.

Le premier était celui du Président Trump, qui a expliqué comment il fallait progressivement détruire l’ensemble des éléments du multilatéralisme et comment le rapport de force bilatérale devait régenter les relations internationales.

Le second était le discours du Président Macron, qui a dit devant l’Assemblée générale qu’il fallait refonder le multilatéralisme pour retrouver l’esprit de coopération, et privilégier la coopération par rapport à la confrontation. Ce discours a été très applaudi par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement présents.

Non, madame la présidente, la diplomatie française n’est pas isolée.

C’est sur l’initiative du Président Macron que s’est tenu le sommet sur la prolongation de l’Accord de Paris sur le climat. Et lors de ce One Planet Summit, il a été approuvé et applaudi par l’ensemble de nos partenaires.

C’est sur l’initiative du Président Macron, dont le discours a été approuvé par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement présents, et du Président Macky Sall que s’est tenu à Dakar le sommet du Partenariat mondial pour l’éducation.

Quant au discours de la Sorbonne, il sert de base aux propositions de refondation de l’Europe qui sont aujourd’hui en débat dans le respect des fondamentaux de la construction européenne.

C’est aussi sur l’initiative du Président de la République que se tiendra le forum de la Paix, lequel réunira dans quelques jours à Paris plus de 70 chefs d’État et de gouvernement pour reconstruire la paix ensemble. C’est enfin sur l’initiative du Président de la République que se sont tenues les conférences relatives à la lutte contre le blanchiment utilisé par le terrorisme.

Le Président de la République a également été sollicité par le Président Poutine et par le Président Erdogan samedi dernier, à Istanbul, pour mettre en œuvre la feuille de route destinée à faire la paix en Syrie.

Non, madame la présidente, la France n’est pas isolée dans ses démarches. Elle est écoutée, elle est entendue, elle est respectée.

Réplique de Sophie Primas :

Monsieur le ministre, les discours sont l’apanage du Président de la République.

Il est très fort pour faire des discours et pour recueillir l’approbation des auditoires auxquels il les délivre. Mais où sont les actes ? Que va devenir notre Europe ? Nous ne pouvons pas opposer le nationalisme et le fédéralisme.

Il faudra des actes pour reconstruire cette Europe, et beaucoup plus que des paroles.