Pierre Frogier : « Tiendrez-vous compte de la voix des Calédoniens lors du référendum du 4 novembre ? »

Question d’Actualité au Gouvernement posée par Pierre Frogier, sénateur de la Nouvelle-Calédonie, mardi 16 octobre 2018, à l’intention du Premier Ministre Edouard Philippe.

Pierre Frogier :

Le référendum en Nouvelle-Calédonie le 4 novembre décidera de son avenir, de notre destin commun : la France ou l’indépendance.

Monsieur le Premier ministre, vous avez choisi de vous taire au prétexte que le rôle de l’État serait d’organiser la consultation dans la plus stricte impartialité. D’ailleurs, aucun président d’aucune formation politique nationale, à l’exception de Laurent Wauquiez, n’a pris la peine de faire campagne chez nous.

Où était M. Castaner, délégué général de LaREM, les membres du Gouvernement ?

Pourquoi une telle gêne à dire sa préférence, alors que nous avons la France en partage ? Selon toute vraisemblance, une large majorité de Calédoniens choisira d’ancrer sa destinée dans la France.

Vous allez réunir les forces politiques calédoniennes au lendemain du scrutin, quel que soit le résultat. Pour quoi faire ? Nous convaincre que le référendum n’est qu’une péripétie et continuer comme avant ?

Tiendrez-vous compte de la voix des Calédoniens en admettant que la lecture indépendantiste de l’accord de Nouméa a vécu ou confisquerez-vous le résultat du référendum ?

Réponse Édouard Philippe, Premier ministre :

Monsieur Frogier, nous avons l’habitude d’échanger. J’ai rencontré les acteurs politiques de Nouvelle-Calédonie pour saisir, intimement, ce qui était en jeu, comprendre la logique des discussions engagées lors des accords de Matignon, qui ont porté la transformation de la Nouvelle-Calédonie.

Je ne crois pas que nous ayons, ni vous ni moi, eu recours aux postures. J’ai dit publiquement, comme à l’ensemble des parties, quelle était la position du Gouvernement : étant partie à l’accord, il est déterminé à ce qu’il soit exécuté dans toutes ses stipulations. C’est le chemin de la réconciliation, de la construction d’un avenir commun. Il m’est apparu, comme à mes prédécesseurs, que l’État devait être impartial dans cette consultation.

Après le 4 novembre, le Gouvernement entendra naturellement l’expression du suffrage. Toutefois, d’expérience, je me méfie des résultats connus à l’avance...

Personne ne gagnerait à ce que les tensions, les incompréhensions recommencent. Nous prendrons des initiatives pour que l’avenir de la Nouvelle-Calédonie se construise de bonne foi, avec ceux qui veulent s’engager pour une vie en commun. C’est ma ligne, celle que le président de la République a fixée lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie. Je n’en bougerai pas.