Pointereau : « Cette reconquête va être difficile tant l’exode a été important »

Article paru dans Le Figaro, N° 23069, samedi 13 octobre 2018

Le sénateur Rémy Pointereau est à l’origine d’une proposition de loi visant à renforcer l’attractivité des centres-villes. Ces mesures ont été intégrées à la loi Élan (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique), qui sera bientôt promulguée, après un ultime passage devant le Sénat, le 16 octobre prochain.

LE FIGARO. – Le plan « Action cœur de ville » va-t-il permettre la revitalisation des centres-villes  ?

Rémy POINTEREAU. – Même s’il va dans le bon sens, ce plan reste insuffisant. Tout d’abord, il apporte un soutien à 222 villes alors que nous en avions dénombré 700 en difficulté. Ce plan place par ailleurs les maires sous une forme de dépendance à l’égard du gouvernement qui leur délivre une aide financière. À l’inverse, notre Pacte national pour la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs proposait une batterie de mesures structurelles pour que chaque ville puisse rendre son cœur de ville plus attractif. C’est pourquoi je me réjouis que nous ayons pu intégrer une partie de notre loi dans le projet de loi gouvernemental.

Par le biais de ces mesures, souhaitez-vous barrer la route aux grandes surfaces  ?

Nous voulons que les élus retrouvent la maîtrise du développement harmonieux de leur territoire.

Une disposition fondamentale de notre loi vise à durcir le processus de délivrance des autorisations d’exploitation commerciale. Aujourd’hui, les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC), où siègent les élus, donnent leur accord à l’implantation de nouvelles zones commerciales sans étude d’impact économique et financier, donc sans savoir si le nouveau commerce va nuire ou pas aux commerces existants. Celle-ci sera dorénavant exigée. Il sera demandé d’évaluer les effets du projet sur l’animation et le développement économique du centre-ville de la commune d’implantation, comme en Allemagne et en Angleterre. Par ailleurs, le refus d’accueillir de nouvelles grandes enseignes ne pourra plus être contourné. L’objectif est de freiner la « culture de la périphérie » pour renouer avec celle de la centralité.

Que faire aussi pour inciter la population à revenir dans les centres-villes  ?

Cette reconquête va être difficile tant l’exode a été important.

À Bourges par exemple, on est passé de 18 000 habitants dans les années 1970 à 6 000 aujourd’hui. Les commerçants qui vivaient au-dessus de leurs commerces n’y résident plus. Les villes ont sur leur territoire de nombreuses habitations inadaptées, qui restent vacantes.

Dans notre loi, nous proposons d’alléger la fiscalité sur ces logements mais aussi de réduire le poids des normes en matière de réhabilitation. Il faut tout mettre en œuvre pour faire revenir dans le cœur des villes la population installée en périphérie. L’étalement urbain a fait son temps. Coûteux – car nécessitant de lourds travaux d’équipement –, non écologique - car favorisant l’usage de la voiture et créant l’artificialisation des terres - , ce modèle urbain doit cesser.

Mais faut-il sacrifier notre patrimoine sous prétexte de rénovation urbaine comme le redoute Stéphane Bern, chargé d’une mission sur la sauvegarde du patrimoine  ?

Les élus « veulent la peau des architectes des bâtiments de France », a-t-il accusé en réaction à la loi Élan, qui prévoit de limiter leur rôle dans le cadre de la lutte contre l’insalubrité. Pour ma part, j’estime qu’il faut trouver un terrain d’entente avec les ABF pour faire avancer des dossiers de réhabilitation.

Aujourd’hui, il n’est pas souhaitable de voir des maisons délabrées rester en l’état parce que les contraintes normatives sont trop élevées et que la restauration est trop coûteuse. On ne peut éluder les problèmes de coût financier ni les risques divers que font peser ces habitations qui menacent ruine.