Le plan Santé du gouvernement est « voué à l’échec »

Président de la commission des affaires sociales de la Haute assemblée, le sénateur Alain Milon (Les Républicains) émet de sérieux doutes sur le plan Santé présenté la semaine dernière par le Président de la République. Pour l’ancien maire de Sorgues, médecin de profession, le manque de financement, notamment, le voue à l’échec.

Parmi les 54 mesures annoncées par le Président de la République, y en a-t-il une qui vous a plus particulièrement interpellé ?

Ce qui m’a interpellé, c’est le nombre ! Cinquante-quatre mesures, à mes yeux, c’est suspect. Nous savons que la santé, en France, est en grande difficulté. Et cela est essentiellement dû aux ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie, qui est le montant prévisionnel établi annuellement pour les dépenses de l’assurance maladie, Ndlr) mis en place depuis plusieurs années. Si aucun contrôle n’était fait, les dépenses augmenteraient chaque année de 4 %. 4 % de 200 milliards, ça fait 8 milliards. À la fin des années Sarkozy et durant le quinquennat Hollande, L’ONDAM a été ramené à 2 %, puis 1,7 %. Ainsi, chaque année, les ministres disaient « on économise 4 milliards d’euros ». En fait, on empêche la santé d’être efficace à hauteur de 4 milliards d’euros ! Cette année, l’ONDAM va remonter à 2,5 %, c’est-à-dire qu’on autorise une augmentation du budget des dépenses d’un peu plus de 4 milliards d’euros... Alors qu’il en faudrait 8 !

Pour vous, ce plan santé n’est pas assez ambitieux ?

Il est très ambitieux du point de vue des ambitions. Et le diagnostic est parfait. Mais en face, il n’y a pas les financements nécessaires. Donc, il n’ira nulle part.

Il serait donc d’ores et déjà voué à l’échec ?

Pour moi, tant qu’on n’aura pas demandé aux Français ce qu’ils veulent et combien ils sont prêts à dépenser pour leur santé, c’est voué à l’échec.

Vous semblez dire qu’il faut consulter le citoyen plutôt que décider entre technocrates...

Tout à fait ! Je rappelle quand même que, jusqu’à présent, la santé était fiancée par des cotisations salariales et patronales. Désormais, les premières sont supprimées. La santé est donc à présent financée par les cotisations patronales et par la CSG (contribution sociale généralisée). Et c’est Bercy (le ministère des Finances, Ndlr) qui collecte la CSG. On est face à une étatisation de la santé. Et un système qui ira de plus en plus vers le modèle anglais. Ce sera le ministère qui contrôlera tout, au détriment du parlement. Quand il n’y a plus de sous, on ne soigne plus ! Ou moins bien. Alors que jusqu’à présent vous cotisiez selon vos moyens, et vous receviez selon vos besoins. Je suis inquiet de cette tendance. J’ai même inventé un terme en disant que la santé va subir la « bercysation ».

Rien ne trouve donc grâce à vos yeux dans ce plan Santé ?

Tout ce qui est proposé va dans le bon sens, si seulement c’était financé... 4 000 assistants médicaux, sur les 300 000 médecins que compte la France, c’est une goutte d’eau. Ça va assister qui ? 400 médecins salariés, c’est du même ordre. Et les 3,4 milliards annoncés sur 5 ans : chaque année, les hôpitaux génèrent un milliard de déficits... Organiser des réseaux entre les médecins de ville et les hôpitaux de proximité, c’est déjà en cours : c’est la loi Santé de Marisol Touraine (ministre de la Santé de François Hollande, Ndlr) ! Bref, ce serait un plan excellent s’il était financé !

Ne serait-ce qu’un coup de communication d’Emmanuel Macron ?

Pour moi, pour l’instant, c’est uniquement déclaratif. Je verrai avec les lois qui vont arriver.

La suppression du numerus clausus en faculté de médecine est-elle une bonne mesure ?

Je n’y étais pas favorable. Actuellement, il y a quelques dizaines de milliers de jeunes à qui, aujourd’hui, on donne le bac, qui vont aller dans les facultés de médecine. Il ne faudrait pas que, désormais, on donne le diplôme de médecin. La première année du cursus sera plus facile, il suffira d’avoir 10 de moyenne pour passer, ce qui me semble logique, la deuxième année sera plus facile également, mais à la fin du deuxième cycle, au bout de six ans, il y a un examen sélectif. Sil n’y en a que la moitié qui le réussit, que feront ceux qui auront fait six années avant d’échouer ?

Emmanuel Macron s’est-il inspiré de certaines des propositions que vous aviez imaginées dans le programme de François Fillon ?

Bien sûr. Mais, nous, à l’époque, nous avions dit que nous organiserions d’abord des États généraux de la santé. Et puis on avait promu les paniers de soins. Des paniers de soins de maladies bénignes qui seraient pris en charge par les mutuelles et les organismes complémentaires, et les paniers de soins de maladies graves, qui seraient pris en charge par la Sécurité sociale. Là, ce n’est pas dit, mais ça va se faire comme ça. Regardez le « reste à charge zéro » tel qu’il a été mis en place, cela va inévitablement entraîner une augmentation des cotisations des mutuelles pour ceux qui ont les moyens de payer... On n’y coupera pas : ou chacun accepte de payer plus — il faut à peu près 3 à 4 milliards de plus par an tous les ans —, ou il faut décider qu’une partie des soins est prise en charge par les mutuelles et une autre par l’Assurance maladie.

La conséquence, évidemment, c’est que les mutuelles augmenteront leurs tarifs régulièrement.

Le Président n’a pas évoqué les personnels hospitaliers dans ses annonces... C’est vrai, il a oublié l’hôpital dans cette affaire !

Pourtant, l’hôpital manque de personnel...

L’hôpital manque de finances ! Le Président a dit qu’il mettait 400 millions pour les hôpitaux : c’est la moitié de ce qu’on a ponctionné aux hôpitaux l’an dernier. On a obligé les établissements à faire 800 millions de dépenses en moins en 2018 par rapport à 2017.

Et on leur dit aujourd’hui, « on va vous donner royalement 400 millions ». On n’est pas dans les clous ! C’est évident qu’il manque des personnels dans les hôpitaux. Mais un directeur d’hôpital, s’il n’a pas l’argent pour embaucher, comment fait-il ?

La médecine est complètement abandonnée en France actuellement. Mais encore une fois, en tant que président de la commission sénatoriale, je répéterai à Agnès Buzyn (la ministre de la Santé, Ndlr) que prévoir son financement est le préalable à tout plan. Le financement venait de l’activité économique quand il dépendait des cotisations. Maintenant, avec la CSG, le gouvernement va devoir décider comment il veut s’y prendre. La CSG a l’avantage d’être plus stable que les cotisations, mais elle touche surtout les retraités, dont le niveau de vie baisse...

Comment voudriez-vous consulter les Français ?

Par référendum. Nous l’avions prévu dans le programme de François Fillon.