Albéric de Montgolfier : « C’est le budget des renoncements »

Question : Le budget 2019 est-il à la hauteur  ?

C’est davantage le budget des renoncements qu’un budget d’ambitions. Renoncement assez inquiétant à l’engagement de baisser le déficit public puisqu’il repart à la hausse, pour la première fois depuis 2009. Même en excluant le coût de la transformation du CICE, la France présenterait un déficit de 1,9 % du PIB en 2019, quand le reste de la zone euro devrait être en excédent  ! Et renoncement aux vraies mesures d’économies et aux réformes structurelles, puisque le gouvernement a choisi de revenir aux vieilles recettes du rabot avec, notamment, le quasi-gel des prestations. Je m’attendais à plus d’ambition. Où est le souffle réformateur  ? CAP 2022 était présenté comme l’alpha et l’oméga des grandes réformes. On reste sur notre faim.

Question : Avec 6 milliards de baisse d’impôts pour les ménages, l’exécutif dit rendre du pouvoir d’achat aux Français…

C’est une présentation très artificielle, un simple affichage. Sur les 6 milliards, 4 milliards correspondent à la compensation de la hausse de la CSG déjà intervenue. En outre, le calcul ne tient pas compte des mesures portant sur les prestations ou décidées par les partenaires sociaux. Le quasi-gel des allocations et des retraites, c’est du pouvoir d’achat en moins  ! En tenant compte de ces biais, l’OFCE relève que la hausse du pouvoir d’achat est limitée à 1,8 milliard d’euros sur 2018-2019. Et cela masque des transferts importants entre ménages.

La vérité, c’est que le gouvernement ne peut que prendre aux uns pour donner aux autres, faute d’un effort suffisant de maîtrise de la dépense.

Question : Le gouvernement assume la hausse de la fiscalité verte, au nom de la transition écologique. Cette stratégie est-elle critiquable  ?

Ce qui est critiquable, c’est d’avoir déconnecté la hausse de la fiscalité de l’augmentation du prix du baril. On peut se permettre des augmentations de fiscalité quand le prix du baril reste bas  ; là, ça va poser un vrai problème. Cela me choquerait moins si une part plus importante de la TICPE [la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques] était affectée à la transition énergétique  ! Mais ce n’est pas le cas. Là, c’est une mesure de rendement fiscal. On nous rétorque que l’augmentation de la fiscalité du carburant doit encourager à la conversion. Mais ce n’est pas si évident et prendre sa voiture pour aller travailler n’est, dans la plupart des cas, pas un choix.

Question : Rien ne trouve grâce à vos yeux  ? Même pas le reflux de l’impôt sur les sociétés et la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires  ?

Ce budget n’est pas insincère, comme d’autres dans le passé. La prévision de croissance est sujette aux grosses incertitudes qui pèsent à l’international, mais est atteignable. Sur les deux points que vous mentionnez, le gouvernement reste toutefois au milieu du gué, tant par manque de courage que parce qu’il est rattrapé par les réalités. Malgré la baisse de l’impôt sur les sociétés, on restera parmi les pays à taux élevé. Et le gouvernement reprend un peu aux entreprises avec l’augmentation du cinquième acompte. Hors CICE, la fiscalité des entreprises augmentera l’an prochain  ! Quant aux heures supplémentaires, il ne faut pas oublier qu’elles resteront fiscalisées et que la part patronale est maintenue.

Question : Quel budget aurait-il fallu faire  ?

La réforme de l’Etat sera le seul moyen de maîtriser la dépense publique, comme l’ont fait le Canada, l’Allemagne et la Suède. Il faut s’attaquer à la masse salariale de l’Etat. Emmanuel Macron a promis 50.000 postes de fonctionnaires en moins. Non seulement c’est insuffisant mais 90 % de l’effort restent à faire en trois ans, ce qui jette le doute sur la crédibilité de l’engagement. Augmenter le temps de travail dans la fonction publique en parallèle permettrait de maintenir la qualité de service. Il faut aussi une vraie réforme des retraites, qui passe nécessairement par un recul de l’âge de départ. Passer à 64 ans, c’est à terme plus de 20 milliards d’euros d’économies chaque année. Enfin, il faut s’interroger sur le périmètre d’action de l’Etat, alors que nombre de missions sont déjà assurées par les collectivités locales.

Question : Le prélèvement à la source a été maintenu. Avez-vous toujours des craintes  ?

Je suis inquiet. Pas pour les grandes entreprises, mais pour les PME, les TPE et les particuliers employeurs. Et je m’interroge toujours concernant l’impact psychologique de la feuille de paie sur la consommation. Le gouvernement prend un risque.

Au total, je maintiens que le prélèvement à la source présente plus d’inconvénients que d’avantages. D’autres solutions étaient possibles.