Christine Lavarde : « Nous avons perdu un an »

Sénatrice des Hauts-de-Seine et membre de la commission des finances, Christine Lavarde a été l’un des 44 membres du Comité action publique 2022 (CAP 22) chargés de faire des propositions à Édouard Philippe pour« transformer en profondeur l’action publique ».

La France reste dernière en 2018 de la classe en matière de pression fiscale et sociale. Qu’en pensez-vous  ?

Christine LAVARDE.-On pourrait avoir envie de baisser les bras car cette mauvaise nouvelle s’ajoute à notre déclassement relatif en termes de taux de chômage (nous sommes passés en mai de la 23e place à la 25e place sur les 28 États membres de l’Union européenne, NDLR) et aux piètres résultats du premier trimestre 2018, publiés par Eurostat le 20 juillet. La situation des autres pays de la zone euro s’améliore pendant que la France stagne. Les bons résultats de l’année 2017 s’expliquent uniquement par la reprise de la croissance. L’amélioration de la conjoncture a caché l’absence de réformes structurelles depuis plusieurs années.

Emmanuel Macron a promis de baisser le taux de prélèvement obligatoire d’un point sur le quinquennat. Est-ce suffisant  ?

Dans la loi de programmation des finances publiques 2018-2022 de janvier, le taux de prélèvement obligatoire devait passer de 44,7 % en 2017 à 43,6 % en 2022. Le gouvernement a revu ses prévisions trois mois plus tard. En 2022, avec un taux de 44,3 %, nous atteindrons l’objectif fixé initialement pour 2018. L’impôt devrait être l’exception pour corriger des inégalités  ; c’est aujourd’hui la norme pour financer des dépenses nouvelles. Avant de parler d’objectif sur le taux de prélèvement obligatoire, il faut changer de philosophie sur le rôle de l’impôt.

Croyez-vous à un effet en 2019 de la politique du gouvernement  ?

Il y a un an, Amélie de Montchalin (LaREM)déclarait dans vos colonnes : « Pour le budget 2018, nous lancerons les premières réformes structurelles, qui permettront de dégager d’importantes économies. »J’avoue avoir du mal à citer une réforme structurelle présentant une telle caractéristique. Je reconnais que le gouvernement a avancé sur certains points, comme la réforme de la SNCF, qui était inéluctable. Mais qui s’accompagne d’une reprise de la dette de l’entreprise par l’État.

Autre exemple, si je partage le constat sur l’iniquité des valeurs locatives, je conteste la solution : la suppression de la taxe d’habitation, promesse de campagne électorale démagogique, les ménages les plus faibles étant déjà exonérés. Cette mesure va coûter à l’État a minima 10,5 milliards d’euros supplémentaires à l’horizon 2020. Le rapport préparatoire au débat d’orientation des finances publiques nous a appris que ce coût serait financé par le déficit public. Le gouvernement semble avoir tiré lui-même les conclusions de sa politique sur la réduction de la dépense publique.

Vous étiez membre du Comité action publique 2022, dont Le Figaro a révélé la semaine dernière le contenu du rapport non rendu public. Jugez-vous l’exécutif à la hauteur des enjeux  ?

J’ai accepté avec enthousiasme d’être membre de ce comité. Nous avons essayé de répondre à la commande du premier ministre, qui était de « transformer en profondeur l’action publique ». Mais transformer implique de simplifier, de prendre en compte les opportunités offertes par les avancées technologiques, de déterminer quel échelon est le mieux adapté pour remplir chaque mission de service public, etc.

L’impôt devrait être l’exception pour corriger des inégalités  ; c’est aujourd’hui la norme pour financer des dépenses nouvelles » Christine Lavarde, Sénatrice des Hauts-de-Seine

Je l’ai dit dès le lancement : impossible de proposer un ensemble cohérent de mesures en si peu de temps (de mi-octobre à fin février)même si réformer en profondeur ne peut se faire qu’en début de mandat. Nous avons perdu un an. C’est le programme du candidat Macron qui aurait dû être la feuille de route d’Action publique 2022. Le compte n’y est pas et la France décroche : alors que le solde public devait être légèrement excédentaire en 2022, il a déjà été révisé et serait tout juste à l’équilibre en fin de quinquennat alors qu’il l’est déjà en moyenne dans la zone euro.