« Soit l’Europe protégera, soit elle disparaîtra » Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Christian Jacob & Frank Proust

Le président et les responsables des trois groupes LR estiment que la défiance des peuples à l’égard du projet européen appelle des réponses. Garantie des frontières, préférence économique communautaire et respect de l’identité des peuples doivent être au programme.

Regardons la réalité en face : la défiance des peuples à l’égard du projet européen est désormais prégnante dans tous les États de l’Union européenne, tant à l’occasion du Brexit que des élections en Autriche, en Allemagne ou en Italie. Pour tous les Européens convaincus dont nous sommes, les inquiétudes légitimes exprimées par les peuples européens doivent être perçues comme des électrochocs salutaires. Certains croient pouvoir se passer des peuples au nom de l’anti-populisme et ne répondent à leurs inquiétudes que par des invectives. Il nous faut rompre avec ce conformisme suicidaire.

Comme l’a résumé Wolfgang Schäuble : « On ne peut pas ne jamais tenir compte des peuples. »

Si nous sommes attachés à cette maison commune qu’est la civilisation européenne, nous devons mesurer et combattre les dysfonctionnements profonds de l’Union européenne. La pire des solutions serait de continuer comme avant : toujours plus de normes, toujours plus de technocratie, toujours plus d’élargissements. C’est précisément ce que propose Emmanuel Macron : toujours plus de ce qui ne marche pas. Dans sa fuite en avant, il se montre ainsi favorable à un nouvel élargissement à six pays des Balkans, à l’élargissement de Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie, à la création de nouvelles institutions et de quatre nouvelles taxes.

Une question de vie ou de mort se pose pourtant à l’Union européenne : soit l’Europe protégera, soit elle disparaîtra. Plutôt que d’accélérer dans le mur ou de sauter de la voiture, nous voulons changer de direction. En prise avec la réalité, porteurs d’un bilan au Parlement européen et engagés au sein du PPE, la première force politique européenne, Les Républicains seront les seuls à défendre cette ligne europrotectrice.

Protégeons d’abord nos frontières. Lorsque deux millions d’étrangers entrent illégalement dans l’espace Schengen en deux ans, c’est une faillite collective. L’Europe ne résistera pas à cinq années supplémentaires de pression migratoire hors de contrôle. Il faut garantir aux États la possibilité de contrôler les frontières nationales jusqu’à ce que le renforcement des frontières extérieures de l’Union européenne permette de contenir la pression migratoire. C’est aux peuples d’Europe de décider qui entre en Europe. L’Europe finance 50 % de l’aide mondiale au développement : nous devons la conditionner à la coopération dans la lutte contre l’immigration illégale et au retour des ressortissants en situation irrégulière sur le territoire européen dans leur pays d’origine. La libre circulation ne saurait être celle des clandestins, ni celle des terroristes. Les cas d’Anis Amri (Tunisien auteur de l’attentat du marché de Noël de Berlin de décembre 2016, NLR)et de Mehdi Nemmouche (terroriste français auteur de l’attentat du musée juif de Bruxelles), qui ont pu traverser librement les frontières intracommunautaires, nous démontrent tragiquement la nécessité de refonder radicalement Schengen.

« L’Europe ne résistera pas à cinq années supplémentaires de pression migratoire hors de contrôle »

Protégeons aussi notre économie et nos emplois. L’Europe a inventé la libre entreprise qui a fait sa prospérité. Mais nous avons péché par naïveté dans la mondialisation. Alors que les États-Unis, qui nous imposent leurs lois extraterritoriales, ou la Chine, qui ne cache plus ses ambitions d’hégémonie, défendent systématiquement leurs intérêts, l’Europe a abdiqué jusqu’à se détourner d’une solidarité nécessaire grâce à la préférence communautaire. Ici, le nouveau fonds européen de défense doit bénéficier exclusivement aux industries européennes. La réciprocité doit devenir la règle : comment accepter que nous ouvrions la quasi-totalité de nos marchés publics aux entreprises étrangères alors que les États-Unis seulement un tiers et la Chine aucun  ?

Aussi, le soutien à nos agriculteurs doit être intégralement et durablement maintenu pour assurer notre indépendance alimentaire. Défendre nos emplois, c’est aussi renforcer l’Europe qui marche, celle des grands projets, celle de la recherche, celle des investissements stratégiques, celle d’Erasmus ou d’Airbus.

Protégeons enfin notre civilisation. Certains ont voulu faire de l’Europe le laboratoire d’une mondialisation déracinée et apatride, sans identité et sans frontières. Au contraire, nous croyons à une Europe incarnée, fière de son Histoire, de ses racines gréco-romaines et judéo-chrétiennes comme de l’héritage de la Renaissance et des Lumières. Face à un intégrisme islamiste qui nous a collectivement déclaré la guerre, nous devons nous réarmer matériellement et moralement. L’identité européenne ne doit plus nous faire honte mais nous rendre fiers. Il est temps qu’au nom de l’Europe que nous voulons, nous changions l’Union européenne.