L’ouverture à la concurrence : une véritable opportunité pour la SNCF !

Article publié dans Paris-Normandie le 05/04/2018 21:39

3 points clés

L’ouverture à la concurrence permet d’envisager une amélioration des conditions de transport.
Le réseau ferroviaire de Normandie souffre d’un manque d’investissements et d’un manque d’entretien depuis des décennies.

La mobilité des voyageurs et des marchandises doit être au cœur de la stratégie.

Prendre le train en Normandie constitue depuis de nombreuses années un véritable défi ! Retards fréquents, matériels obsolètes, voies mal entretenues, trains mis en service tardivement... Des maux bien connus et subis régulièrement par les usagers des lignes normandes.

Les rapports et études se succèdent sans que les améliorations tant attendues ne se fassent ressentir. Le dernier rapport du Conseil d’orientation des investissements, rendu public le 1er février dernier, a confirmé la ligne normande comme grand projet à soutenir. Dans le même temps, le rapport sur L’avenir du transport ferroviaire remis par Jean-Cyril Spinetta, proposait des mesures chocs pour préparer l’ouverture à la concurrence du rail français.

GRÂCE À L’EUROPE

La législation européenne, dite du « 4e paquet ferroviaire », oblige la France à ouvrir entièrement son réseau de chemin de fer à la concurrence au plus tard en décembre 2019 pour les TER [trains express régionaux] et les Intercités, en décembre 2020 pour les TGV. Quant au fret, il est déjà accessible à la concurrence depuis 2003.

Cette libéralisation est donc connue. Elle a déjà été réalisée et dépassée dans d’autres secteurs, comme les télécoms, les services postaux, et l’énergie. Dans le domaine du ferroviaire, elle a été déjà opérée en Italie, en Allemagne ou encore en Suède.

L’ouverture à la concurrence doit être considérée comme une véritable opportunité pour améliorer les conditions du transport ferroviaire. En Allemagne ou en Suède, qui ont déjà opéré cette transformation, la qualité du service ferroviaire semble être supérieure à celle de la France ! Ainsi, l’espoir d’une amélioration des conditions de transport ferroviaire revient aujourd’hui grâce à l’Europe !

DES ENJEUX ÉLARGIS

Malheureusement, le débat a tendance à opposer ouverture à la concurrence et remise en cause du statut des cheminots. Il cristallise les inquiétudes qui deviennent des peurs. Je les comprends. Je comprends aussi les cheminots attachés à leur statut.

Mais l’enjeu de la réforme du service ferroviaire ne peut se résumer au statut des cheminots qui sera préservé pour ceux déjà en poste. Cet objectif d’amélioration des conditions de transport des voyageurs et des marchandises impose de se poser les bonnes questions : quel périmètre du service public ferroviaire demain ? Comment assurer le meilleur équilibre financier de l’acheminement des personnes et des biens ? Comment offrir une qualité de service à la hauteur des attentes des usagers ?

FAIRE ÉVOLUER L’ENTREPRISE

Il est aujourd’hui impératif de faire évoluer l’entreprise, de préparer sa stratégie d’ouverture à la concurrence. C’est avec lucidité et responsabilité qu’il faut anticiper les échéances incontournables, qui doivent servir de catalyseur pour faire évoluer l’offre de service ferroviaire pour les usagers comme c’est fait pour le fret.

Depuis quarante ans, des investissements massifs ont été réalisés en Occitanie, en Bretagne, en Bourgogne ou encore dans l’Arc alpin. Or, rien n’a été entrepris en Normandie. Les lignes à grande vitesse ont permis de désenclaver toutes les parties de l’hexagone à l’exception de l’Ouest normand, dont les lignes classiques n’ont même pas été entretenues. Notre région a subi la double peine : pas de TGV et pas d’investissements sur les lignes Paris-Rouen-Le Havre et Paris-Caen-Cherbourg.

Le matériel est désormais vétuste et obsolète. Il ne permet plus d’assurer un service de transports de qualité, qui devrait participer à l’attractivité de notre région. Il faut 2 heures pour faire Paris-Bordeaux soit 590 km et 2 h 11 pour faire Paris-Le Havre soit 196 km. Cherchez l’erreur !

Notre région, la Normandie, a été trop longtemps abandonnée par l’État et par la SNCF qui ont manqué d’ambition. La Région Normandie a impulsé une reprise des TER et des trains d’équilibre du territoire mais à horizon 2020. Le projet ligne nouvelle Paris-Normandie, véritable arlésienne, est aujourd’hui acté par le rapport du Conseil d’orientation des investissements. C’est une satisfaction.

Concernant les lignes secondaires, essentielles pour la vitalité des territoires ruraux, nous devons veiller au maintien de la mobilité de tous les habitants y compris ceux des territoires les plus reculés.

CHANGER DE PARADIGME

L’ambition pour un véritable service ferroviaire impose de changer de paradigme, de replacer au cœur de la réflexion la mobilité des voyageurs et des marchandises.

L’ouverture à la concurrence du ferroviaire doit être l’occasion d’imposer une mise en place d’une stratégie ambitieuse pour le rail français.

Elle doit proposer une vision d’avenir autour de la mobilité des personnes, la compétitivité de ses entreprises pour le rayonnement et l’attractivité de notre région.

Cet enjeu mérite de résister à ceux qui ne veulent pas faire évoluer le service ferroviaire français.

AGNÈS CANAYET
Sénatrice de la Seine-Maritime- Membre de la commission des lois