Les jeux de Pyeonchang ne sont pas terminés. Pour le handisport, le plus important commence

Cet événement est l’occasion de mettre en lumière un sujet trop souvent oublié.

Marie Bochet, Benjamin Daviet, Anthony Chalençon trois noms pour trois immenses champions du sport français et pourtant vous ne les connaissez pas. A eux trois ils cumulent vingt-et-un titres mondiaux, soit plus que Tessa Worley, Jean-Baptiste Grange et le récent champion olympique Pierre Vaultier réunis.

Du 9 au 18 mars prochains se dérouleront les douzième Jeux paralympiques d’hiver à Pyeongchang. Les trois athlètes cités au début de ce propos font partie de l’équipe de douze athlètes qui représentera la France lors de cette olympiade. Cet événement est l’occasion de mettre en lumière un sujet trop souvent oublié.

Au XXIème siècle les médias jouent un rôle primordial dans la représentation du handicap dans la société française. En effet on note qu’en dehors du Téléthon et des Jeux Olympiques, il existe peu de moment télévisuel portant à l’écran le handicap. L’inconscient collectif n’évoluera pas tant que la présence de personnes handicapées à la télévision ne sera pas normalisée.

La pratique d’une activité physique est plus importante pour une personne handicapée que pour une personne valide. En effet elle permet de développer des capacités physiques qui favoriseront le processus d’autonomie. Les possibilités motrices restantes sont ainsi maximisées. De plus la pratique d’un sport collectif est vectrice d’interactions humaines et de lien social, ce qui manque parfois au quotidien des personnes handicapées. Il est grand temps d’accroitre la place du sport dans le projet thérapeutique des personnes en situation de handicap.

L’accès à des équipements sportifs adaptés est également problématique, en particulier pour les enfants. La pratique du sport à l’école favorise le « vivre ensemble ». Nous devons réfléchir à de nouvelles conceptions d’équipements sportifs qui permettraient de tenir compte de toutes les formes de handicap sans devenir une contrainte financière insurmontable pour l’ensemble des collectivités locales.

Dans le sport la notion de performance est essentielle. Or dans le cas des sportifs handicapés on s’attarde bien trop souvent sur les notions de courage et d’égalité sociale. Les sportifs handicapés ne veulent pas de discours de victimisation mais au contraire être jugés sur leur performance sans que leur handicap ne devienne un critère de jugement.

Cependant pas de pessimisme ! Le nombre de clubs et de licenciés de la Fédération du sport adapté a plus que doublé en 15 ans. En 2009 la reconnaissance du caractère de haut niveau est accordée pour cinq disciplines par le ministère de la Santé et des Sports. Ces victoires restent insuffisantes mais elles sont l’illustration d’une évolution sociétale concernant la représentation du handicap. Cette évolution du regard porté passe par un travail législatif, par une modification des représentations médiatiques mais également par des gestes du quotidien que chacun et chacune se doit d’effectuer au nom du principe de Fraternité, symbole de la République française.

Je profite de cette tribune pour saluer l’ensemble de l’œuvre de Gérard Masson à la tête de la Fédération Française Handisport et du travail accompli durant la dernière décennie.

Pour finir j’emprunterai les mots de Sophie Lalive de Bellegrade qui sont toujours d’actualité : « On s’habitue à ses infirmités, le plus difficile est d’y habituer les autres ».