Gérard Longuet et Jean-Claude Carle - De Napoléon à Blanquer : « Adapter le Bac »

Le rapport que Pierre Mathiot vient de remettre au Ministre de l’Education Nationale formule un certain nombre de propositions, particulièrement intéressantes, tant sur le fond que sur la méthode, pour engager la réforme du baccalauréat. Réforme que la plupart des prédécesseurs de Jean-Michel Blanquer avaient promise, mais à laquelle ils ont vite renoncé.

Il est vrai que cet examen est beaucoup plus, qu’un simple sésame d’accès à l’enseignement supérieur.

Depuis Napoléon, le « Bac », à l’instar du baptême, de la communion, et plus tard du permis de conduire, fait partie des rites qui jalonnent la vie d’un jeune.

Dès lors, il est illusoire de vouloir rayer d’un trait de plume ce qui appartient à un pan de notre histoire.

Pierre Mathiot ne fait pas table rase du passé, mais adapte le baccalauréat à une situation qui n’est plus celle des années 50.

A l’époque, 10 % d’une classe d’âge passait cet examen, contre 80 % aujourd’hui.

Cette massification, qui nécessite des moyens, humains, matériels, importants, d’une part pèse sur les finances publiques, d’autre part pénalise l’ensemble du secondaire.

Force est de constater que le troisième trimestre est pour nombre de lycéens extrêmement réduit. Or, la France est l’un des pays où l’année scolaire est la plus courte, avec 144 jours d’école, contre 180 en moyenne pour la plupart des pays de l’OCDE.

L’auteur du rapport, en limitant à quatre les matières soumises à l’examen, et en proposant le contrôle continu pour d’autres, optimise le calendrier actuel.

La mise en place d’un grand jury, adapte également l’examen aux exigences de notre société, où l’oral prend plus d’importance.

Les nouvelles technologies d’information et de communication, qui ont bouleversé la notion d’espace-temps, exigent une plus grande réactivité pour expliquer, convaincre et décider.

Cette innovation est essentielle, à l’expresse condition que ce jury soit composé d’enseignants bien évidemment, mais également de représentants du monde socio-économique et d’élus locaux, c’est-à-dire l’ensemble de la communauté éducative.

Enfin, Pierre Mathiot veut mettre fin, à juste titre, à la hiérarchisation des filières. Durant des décennies, la sélection par les « maths » a privé notre pays de grands chirurgiens, architectes, ou autres managers.

A Jean-Michel Blanquer, désormais, de traduire en actes ces propositions. A l’ensemble de la communauté éducative de s’en saisir, de les améliorer, de sortir de positions qui relèvent souvent du dogme, de l’idéologie, d’intérêts corporatistes.

Malgré les efforts budgétaires continus depuis des décennies, un fils d’ouvrier a aujourd’hui 17 fois moins de chances de préparer une grande école qu’un fils d’enseignant ou de cadre supérieur.

Puisse cette réforme contribuer à restaurer l’égalité des chances.

Jean-Claude CARLE
Sénateur de la Haute-Savoie

Gérard LONGUET
Sénateur de la Meuse
Rapporteurs du budget de l’Enseignement Scolaire