Philippe Mouiller : « Il est inacceptable que subsistent dans notre pays des zones blanches ou des déserts numériques »

A l’occasion de la présentation de son rapport d’information « Les nouvelles technologies au service de la modernisation des territoires », Philippe Mouiller (Deux-Sèvres) défend un égal accès de la ruralité au numérique, véritable levier de croissance et d’innovation pour les territoires.

Comment est née l’idée de ce rapport et quelle est son ambition ?

C’est vrai, nos collectivités sont de véritables incubateurs de l’innovation. On oublie souvent, qu’avant les réseaux d’information et de communication numérique, ce sont elles qui ont porté le développement des réseaux d’eau, d’énergie ou de transport. Donc oui, la transformation durable de notre société et de notre économie ne pourront se faire qu’avec l’appui des collectivités territoriales. Ce rapport est l’occasion de présenter des exemples concrets de bonnes pratiques locales et qui témoignent de la diversité de nos territoires. Nous croyons à la pédagogie par l’exemple. Notre démarche de mise en valeur des bonnes pratiques pour encourager la diffusion des innovations nous parait bien plus pertinente que celle qui consiste à proposer toujours plus de normes.

Qu’est-ce que les collectivités territoriales peuvent attendre des nouvelles technologies aujourd’hui ?

Dans le cadre de leurs compétences locales, que ce soit en matière d’aménagement numérique, d’énergie, de transport et de mobilité, de gestion des déchets, de santé ou encore de sécurité, les collectivités peuvent tirer un grand bénéfice des nouvelles technologies. Ces nouveaux usages ne sont évidemment pas sans conséquences. Certes, ils nous obligent à nous adapter, à nous moderniser. Mais ils peuvent surtout être une source d’économies et une réponse à nos difficultés budgétaires. Lorsqu’une municipalité fait le choix d’installer un détecteur de présence dans les vestiaires des bâtiments sportifs communaux, elle peut optimiser l’utilisation du chauffage ou des lumières et réduire sa facture énergétique.
Développer les nouvelles technologies est certes un objectif économique, car les gisements d’emplois sont considérables et que nous disposons, très souvent, d’entreprises locales ou de start up particulièrement performantes et qui méritent d’être encouragées, mais aussi un objectif social et écologique.

À quoi ressembleront les territoires de demain et comment s’assurer d’une transition harmonieuse ?

La transition harmonieuse vers ces territoires du futur est effectivement conditionnée. À la couverture numérique de tous les territoires d’abord. Il est inacceptable que subsistent dans notre pays des zones blanches ou des déserts numériques. L’intervention de l’État est indispensable pour contraindre les opérateurs à assurer un égal accès des usagers au numérique, et veiller à la péréquation en faveur des territoires ruraux. À l’accompagnement des populations dans la transition numérique et à la protection des données personnelles ensuite. Ce sera un enjeu majeur dans le cadre de l’explosion du nombre des données collectées. Il conviendra aussi de soutenir nos start up innovantes. Enfin, sur le terrain, il sera nécessaire de concevoir des projets collaboratifs, expérimentés à différentes échelles territoriales. Ce qui implique, en amont, de réfléchir à la compatibilité, à l’échelle nationale, des systèmes qui seront développés dans les différents territoires. L’administration devra évidemment donner l’exemple et encourager la transition numérique des services publics.