Corinne Imbert : « Pourquoi il est impératif de lever les tabous autour de la pédopsychiatrie »

Une mobilisation de toutes et tous est fondamentale afin de faire de la psychiatrie des mineurs non pas un sujet qui dérange, mais un outil majeur pour l’accompagnement de nos enfants.

Alors que la mission d’information sénatoriale sur la situation de la psychiatrie des mineurs en France a rendu ses conclusions dans un rapport rendu public mercredi dernier, il apparaît plus que jamais important de mettre ce sujet au cœur des débats à l’intersection entre la santé, l’éducation et les solidarités.

Chaque année, plusieurs milliers d’enfants et d’adolescents font appel à une prise en charge de nature psychiatrique, via des professionnels de santé ou des structures associatives.

Si le système de santé français est l’un des plus performants au monde, il n’en demeure pas moins que la pédopsychiatrie reste l’un des parents pauvre de notre société, un sujet malheureusement passé sous silence. Pourtant, chacun d’entre nous peut y être confronté tout au long de la vie, et personne ne peut se prévaloir d’une quelconque immunité. Parents d’enfants, enfants et adolescents, les entourages comme les malades sont parfois désemparés devant de telles situations. Cela n’arrive pas qu’aux autres.

Lors des auditions et des entretiens conduits durant la mission sénatoriale, j’ai pu mesurer que de nombreux débats, souvent internes aux professionnels du secteur, divisent ou tout du moins font apparaître des divergences qui ne sont pas neutres quant aux types de prise en charge : hospitalisation ou non, prescription médicamenteuse plus ou moins intensive, suivi à géométrie variable.

Ce qui est sans doute le plus marquant, c’est la carence importante en matière de prévention. Les conséquences directes tant sur la qualité et la temporalité du diagnostic, que sur l’adaptation et la capacité de prise en charge. Ne jetons pas la pierre pour autant aux professionnels de santé. Bien au contraire, nous, responsables publics et politiques, devons prendre la juste mesure des choses, et associer pleinement toute la chaîne d’acteurs qui permettront un diagnostic plus efficient : des parents aux enseignants, en passant par les encadrants associatifs et bien entendu les professionnels de santé in fine.

Quant à l’école, elle doit assurer un rôle de vecteur, de transmetteur, de « lanceur d’alerte ». Cela est parfois déjà le cas, cependant je pense que les professionnels de l’éducation nationale ainsi que les animateurs associatifs ne sont pas suffisamment formés à la détection, souvent difficile, d’un quelconque mal-être ou d’une pathologie sous-jacente. Comme le suggère avec justesse le rapport sénatorial, il paraît indispensable de redonner toute leur place aux réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (dits RASED).

Si le rapport de la mission sénatoriale a précisé de très nombreuses pistes de réflexion et propositions (52 en tout), retenons quelques-unes des orientations prioritaires parmi lesquelles : le soutien à la recherche afin d’améliorer l’état de connaissances de la médecine, mais également l’évolution de la prise en charge adaptée à chaque profil et à chaque parcours de soins.

L’accompagnement des professionnels et des familles doit désormais être le pivot permettant de détecter au mieux les publics sensibles. Sans oublier de pouvoir assurer un suivi efficace et durable de l’enfance à l’ « adolescence ».

La psychiatrie, qui peut effrayer de par son appellation-renvoyant pour certains à une forme de folie, une chimère insupportable à admettre pour soi ou son enfant-ne doit pas pour autant être reléguée aux arrières bancs comme un vulgaire sous sujet et faire l’objet d’un déni collectif massif. Bien au contraire, cela doit constituer une priorité nationale. D’autant plus que de nombreuses pathologies, si elles sont prises en charge à temps, ne sont pas irrémédiables.

En effet, beaucoup d’enfants et d’adolescents concernés peuvent être guéris. Il n’y a aucune fatalité. A ce titre, rappelons que l’OMS estime que la moitié des pathologies psychiatriques chez l’adulte apparaissent avant 16 ans.

Une mobilisation de toutes et tous est fondamentale afin de faire de la psychiatrie des mineurs non pas un sujet qui dérange, mais un outil majeur pour l’accompagnement de nos enfants.