Philippe Dominati : « L’héritage Hollande : un désastre »

La semaine dernière avait lieu, au Sénat, un événement toujours très attendu : la présentation du rapport annuel de la Cour des comptes. Ce rapport, présenté par le Premier président de la Cour, Didier Migaud, revêt à moins de trois mois de l’élection présidentielle une importance particulière. De fait, il constitue l’ultime état des lieux de nos finances publiques avant la fin du quinquennat de François Hollande. L’heure du bilan a donc sonné, et c’est peu dire qu’il est alarmant sur l’état économique et financier de notre pays.

C’est d’abord vrai du déficit budgétaire, la France restant l’un des derniers pays de la zone euro, aux côtés de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce, à faire encore l’objet d’une procédure pour déficit public excessif. Conséquence directe : notre endettement, qui atteint le niveau pléthorique de 96,2% du PIB, est supérieur au niveau d’endettement moyen (90,1%) de l’ensemble des pays de la zone euro. Difficile toutefois de s’en étonner, alors que notre dépense publique, de l’ordre de 57% du PIB, est supérieure de 10,7 points à la moyenne de la zone euro. Chez nos voisins européens, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas, la dette a ainsi continué de reculer alors que la nôtre n’a fait que se stabiliser tout proche du précipice. Au plan fiscal, le contre-choc n’a parallèlement jamais eu lieu, malgré l’annonce d’un pacte de responsabilité resté en grande partie incantatoire. Timide et trop tardive, le mouvement de réduction des prélèvements obligatoires a même été stoppé dans le budget 2017.

Autre facteur d’inquiétude : la dette n’a pu être contenue que grâce à l’émission d’obligations du Trésor aux taux de rémunération largement artificiels. Ce jeu de bonneteau pratiqué par François Hollande devrait encore alourdir la charge de la dette de l’Etat et réduire d’autant les marges de manœuvre de son successeur. Le rapport de la Cour des comptes nous apprend par ailleurs que la diminution du déficit est due, pour 40%, à la baisse des taux d’intérêt fixés par la Banque centrale européenne ainsi qu’à celle de notre contribution au budget de l’UE. Or, l’un et l’autre devraient remonter, ce qui se concrétise déjà avec les taux d’intérêt. Bref, la légère résorption du déficit budgétaire (de 3,5 à 3,3% du PIB en 2016), agitée triomphalement par le gouvernement socialiste, est due à des facteurs totalement indépendants de sa volonté...

Cette situation, périlleuse pour la souveraineté et l’indépendance financière de notre pays, devrait encore se poursuivre en 2017. Point par point, la Cour des comptes déconstruit en effet les prévisions optimistes retenues par le gouvernement pour 2017, si bien que l’objectif d’un déficit à 2,7% du PIB paraît quasi-impossible à atteindre. Le rapport donne l’exemple, ô combien révélateur du clientélisme électoral des socialistes, de la masse salariale de l’Etat qui, sur la seule année 2017, devrait augmenter autant qu’entre 2011 et 2016 ! Ces décisions irresponsables auront des répercussions dommageables bien au-delà de 2017. Là encore, peu importe l’intérêt général, seule semble compter pour la gauche la rentabilité électorale de ses petites manœuvres.

Outre l’inadaptation des administrations dans leur organisation et la définition de leurs missions, la Cour des comptes fustige, en filigrane, le défaut constant de vision et de courage politique à la tête de l’Etat. Ce constat ressort cruellement dans le chapitre consacré à l’écotaxe poids lourds, épisode qui à lui seul traduit les échecs stratégiques et dispendieux du quinquennat Hollande. D’abord suspendue en 2013, avant d’être définitivement abandonnée dans la dernière loi de finances, l’écotaxe poids lourds a été un véritable fiasco pour l’exécutif : les hésitations et indécisions récurrentes du gouvernement ont généré pour le contribuable une charge de 1 milliard d’euros selon la Cour des comptes !

En définitive, ce rapport nous rappelle l’étendue des défis qui attendent le prochain chef de l’Etat. Pour ma part, j’y vois l’impérieuse nécessité d’adopter des mesures certes radicales mais indispensables pour redonner à la France sa capacité d’action et son crédit sur la scène internationale. Et je n’oublie pas que, de cette débâcle, le candidat Emmanuel Macron est largement comptable, lui qui fut, pendant quatre ans, l’architecte de la politique économique du président Hollande.