Bruno Retailleau : « Les ego doivent passer après l’intérêt général » Le Figaro

LE FIGARO. - La baisse de François Fillon dans les sondages vous inquiète-t-elle ?

Bruno RETAILLEAU. - Évidemment, rien n’est gagné. Mais après ce que nous avons vécu à la primaire, nous sommes définitivement immunisés contre les sondages ! A fortiori quatre mois avant l’élection, alors que nous ne savons pas encore qui sera le candidat du PS. François Fillon reste lui-même : serein, imperturbable. Il trace son sillon sans se soucier des prédictions.

Que répondez-vous à Christian Estrosi et Laurent Wauquiez, qui souhaitent un projet plus « social » ?

Que l’on ne peut pas à la fois plaider pour une droite qui s’assume et s’enfuir à chaque coup de sifflet de la police de la pensée ! Ne nous laissons pas impressionner et emprisonner par les mots de la gauche. François Fillon est le candidat le plus social parce que seul son projet peut permettre le plein-emploi. La première des solidarités, c’est le travail.

Vous ne craignez pas des voix dissonantes au conseil national ?

Absolument pas. Notre famille politique fait bloc derrière son candidat. Le score de François Fillon à la primaire a tué le match et nos militants prendraient très mal que des querelles personnelles nous détournent du combat pour le redressement de la France. Les ego doivent passer après l’intérêt général.

Quand Benoist Apparu dit que « le terrorisme islamique n’a rien à voir avec cette religion » , est-il dans son rôle de porte-parole du candidat ?

Sur ce sujet, comme sur les autres, il n’y a qu’une seule ligne, celle de François Fillon. En l’occurrence, elle est très claire : mener une guerre totale contre le totalitarisme islamique. J’observe qu’aucun terroriste ne se réclame du judaïsme ou du christianisme. L’islamisme, ce n’est évidemment pas l’islam mais les musulmans doivent prendre leurs responsabilités pour éradiquer ceux qui instrumentalisent leur religion ou qui considèrent, comme l’a montré l’enquête de l’Institut Montaigne, que la charia est supérieure à la loi de la République.

Que répondez-vous aux critiques de François Bayrou ?

François Bayrou peut tout à fait monter à bord mais qu’il ne s’attende pas à ce que nous changions de direction et encore moins de convictions ! Ce n’est pas le style de François Fillon de céder à la pression, d’où qu’elle vienne d’ailleurs.

Quelle est la marge de négociation avec les centristes ?

Droite et centre, nous avons vocation à gouverner ensemble, comme nous le faisons déjà dans les régions. Mais au-delà des personnes, ce qui compte, c’est le projet pour 2017. Un projet qui ne sera pas altéré mais qui pourra être enrichi, comme l’a dit François Fillon.

Enrichi et réorienté pour séduire davantage les classes populaires ?

Depuis le début, on dit que François Fillon est « le candidat des Loden » . Les études sur le vote Fillon à la primaire montrent que c’est totalement faux. Il n’aurait pas pu faire un tel score, sur tout le territoire, s’il n’avait pas eu le vote populaire de droite. Nous sommes en plein « Fillon bashing » . Notre candidat est victime d’un lynchage à la fois médiatique et politique, avec la gauche et le Front national qui l’attaquent avec les mêmes mots et se font la courte échelle à nos dépens. Ce quinquennat sera sans doute l’un des plus graves échecs de la Ve République. Nous avons plus de six millions de chômeurs toutes catégories confondues, plus de 14 % des Français sont en dessous du seuil de pauvreté, le revenu moyen des Français est inférieur de 13 % à celui des Allemands. La casse sociale, c’est aujourd’hui !

Pour le Front national, la « casse sociale » , c’est le projet de François Fillon qui la provoquerait...

François Fillon s’attire les foudres de Marine Le Pen non seulement parce qu’il assume très clairement ses convictions, mais parce qu’il veut rompre avec le système dont le FN a besoin. Marine Le Pen ne fait pas campagne au nom du peuple, mais sur le dos du peuple, en affirmant par exemple que les classes moyennes et populaires pourraient s’enrichir si la France sortait de l’euro. Nous disons, nous, que les Français les plus fragiles seront les premiers bénéficiaires d’une plus forte croissance. Nous entrons aujourd’hui dans une étape de la campagne qui doit nous permettre de lever une nouvelle espérance : convaincre qu’il est possible pour chacun de s’en sortir dans la société de demain pour peu qu’il se retrousse les manches.

C’est aussi le discours d’Emmanuel Macron. Comment enrayer sa progression ?

Emmanuel Macron a peut-être été le fossoyeur de la candidature de François Hollande, mais il est en réalité le continuateur de sa politique : comme l’actuel chef de l’État, il multiplie les contradictions et les reniements. On l’a vu sur les 35 heures : hier, il les conspuait et, aujourd’hui, il les défend ! À cela s’ajoutent les multiples ambiguïtés du candidat : il promet 100 milliards d’euros d’économies mais, à la différence de François Fillon, il ne dit pas comment il les fera et où il les trouvera. Roi de la contradiction, prince de l’ambiguïté : Emmanuel Macron est bien l’héritier de François Hollande !