Question de Robert del Picchia - Sénateur des Français de l’étranger

Robert del Picchia - Situation au Liban

Robert del Picchia :

Madame la ministre déléguée, cette question s’adresse à M. le ministre des affaires étrangères, mais je suis très heureux de vous la poser.

La conférence des donateurs pour le Liban, qui se tient en ce moment même à Paris, semble être la dernière chance offerte à ce pays pour surmonter la crise financière qui le frappe.

Le Liban est confronté à une crise non seulement politique -nous allons y revenir -, mais aussi économique et financière.

La dette publique était de 2,3 milliards d’euros en 1992. Elle n’a cessé de croître et elle s’élève aujourd’hui à plus de 40 milliards de dollars.

Beyrouth doit rembourser plus de 5 milliards d’euros cette année et 7 milliards d’euros l’année prochaine.

La reprise de l’économie est retombée à cause des conflits. Celui de l’été dernier a coûté 2 milliards d’euros en pertes directes. Le pays court à la banqueroute.

Cette conférence de Paris, organisée sur l’initiative du Président de la République, est donc une bouée de sauvetage. Pourtant, à la veille de cette conférence, l’opposition libanaise a lancé un appel à la grève, bloqué les principaux axes routiers, et des affrontements violents ont fait trois morts et plus de 140 blessés ! À l’instant, des bagarres ont éclaté à l’université arabe de Beyrouth et la police est intervenue.

Les compagnies d’aviation ont interrompu leurs vols, des centaines de personnes ont été bloquées, les magasins, les écoles et les entreprises sont restés fermés.

Bref, on a retrouvé le Liban des mauvais jours !

Les mouvements chiites Hezbollah et Amal, mais aussi une partie de la communauté chrétienne divisée, exigent la démission du gouvernement de Fouad Siniora. Ce dernier réaffirme ne pas se laisser intimider. L’opposition veut des élections anticipées.

Se gardant d’intervenir dans la politique du Liban, le Président de la République craignait que ces manifestations ne découragent les donateurs qui veulent aider le Liban à survivre. Il a lancé un appel, et il a été entendu.

Mes chers collègues, le Président de la République vient d’annoncer que l’aide récoltée s’élève à 7,6 milliards de dollars, soit 5,8 milliards d’euros.

Madame la ministre déléguée, cette conférence, qui est placée sous le signe de la solidarité et de l’espoir, est donc très perturbée par le contexte politique et par la situation sur le terrain.

Malgré tout ce qui se passe, l’aide est au rendez-vous : la France et l’Union européenne sont intervenues.

Madame la ministre déléguée, comment la diplomatie française considère-t-elle cette situation et comment la France envisage-t-elle son action en faveur d’un pays qui, je le rappelle, mes chers collègues, est très proche de nous et dans lequel résident un grand nombre de nos compatriotes ?

La réponse de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie

Monsieur le sénateur, le Liban, pays très cher à la France, traverse en effet une période de grande instabilité et de crise profonde.

Le conflit de l’été dernier a causé des dégâts massifs sur la plupart des infrastructures et a aggravé la situation économique et financière du pays.

De plus, depuis le mois de novembre dernier, le gouvernement de Fouad Siniora doit faire face à une crise politique.

Dans ce contexte, le gouvernement libanais a élaboré un programme de réformes économiques sur cinq ans, programme ambitieux et crédible qui exige le soutien de la communauté internationale.

Pour apporter un soutien concret à la reconstruction du Liban, le Président de la République a invité à Paris les représentants d’une quarantaine d’États et d’institutions financières, régionales et internationales.

Nous ne ménageons évidemment aucun effort, puisque, dans ce cadre, la France, comme l’a annoncé le Président de la République, mobilisera 500 millions d’euros sous forme de prêts à des conditions très avantageuses.

Au-delà, nous souhaitons voir se consolider les avancées de ces derniers mois, que je rappelle : retrait des troupes syriennes, organisation d’élections libres, constitution d’un gouvernement démocratique, adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 1701 sur l’initiative de la France, qui a permis la cessation des hostilités.

Sur l’initiative du Président de la République et sous son impulsion - nous connaissons tous son attachement profond pour le Liban et son implication personnelle auprès de tous les Libanais -, les amis du Liban se réunissent aujourd’hui et tentent d’apporter au gouvernement libanais un soutien pour le retour de la confiance et de la croissance économique.

Nous espérons tous que les contributions seront à la hauteur des enjeux de la reconstruction économique et politique du Liban. Comme vous l’avez rappelé, monsieur le sénateur, à la mi-journée, plus de 5 milliards d’euros étaient déjà mobilisés. Au-delà, bien sûr, de la reconstruction du Liban, c’est toute la stabilité de la région qui est en jeu.

Nous voulons croire que l’esprit de dialogue l’emportera, car, au Liban comme ailleurs, rien ne peut se régler dans la violence.