Catherine Troendlé : « Rythmes scolaires dans les petites communes : revenir à la réalité des faits ! »

Orateur du groupe les Républicains, Catherine TROENDLE est intervenue hier soir dans le débat, lié à la question orale du Sénateur Françoise CARTRON, suite à son rapport (dithyrambique) sur l’application de la réforme des rythmes scolaires, en particulier dans les communes rurales.

L’intervention de Catherine Troendlé, sénatrice du Bas-Rhin

Elle a, tout d’abord, souhaité rendre hommage à l’enseignant roué de coups devant ses élèves, lundi et qui a tenu à faire classe néanmoins le lendemain : « c’est un acte courageux, les enseignants exercent un très beau métier, contraignant, et ils doivent être respectés », a-t-elle tenu à préciser.

Introduisant son propos, le Sénateur TROENDLE a annoncé à la Rapporteure et à la Ministre : « il me semble de mon devoir de vous ramener à la réalité des faits et des chiffres », précisant ainsi qu’en mai dernier, l’AMF a présenté, lors du Congrès des maires, son enquête sur les rythmes scolaires qui avait ainsi confirmé les charges importantes que représente la réforme. « Le coût annuel brut moyen par enfant inscrit aux NAP est estimé à 231 euros pour les communes et 243 euros pour les intercommunalités ; 36% des communes interrogées estimant même son coût supérieur à 250 euros par enfant et par an », a tenu à préciser le Sénateur du Haut-Rhin.
Le reste à charge moyen (en prenant en compte les aides du fonds de soutien et de la CAF), en cas d’accueil de loisirs sans hébergement (ALSH), s’élevant à 70% pour les communes et à 66% pour les intercommunalités. Catherine TROENDLE a ainsi expliqué que « c’est pour les communes rurales que la facture est la plus élevée, puisque pour elles, le reste à charge moyen est de l’ordre de 73% du coût annuel par enfant ».

Aussi, ce sont 70% des communes qui font encore part de difficultés persistantes dans la mise en place de la réforme.

« Tous ces efforts et ces difficultés … Mais pourquoi faire ? » s’est ainsi interrogée le Sénateur TROENDLE.

En effet, « les résultats attendus, d’une meilleure prise en compte des rythmes biologiques des enfants et des rythmes d’apprentissages ne sont pas au rendez-vous », a-t-elle précisé, puisque d’après une enquête du Snuipp, réalisée en 2015 : 74% des professeurs pensent que le temps périscolaire impacte négativement le temps scolaire en termes d’organisation, de fonctionnement de l’école mais aussi d’attention et de fatigue des élèves. 73% ont même noté une baisse de concentration et d’attention chez certains de leurs élèves sur le temps de classe. Et finalement, 79% demandent une autre organisation horaire de l’école.
Egalement, du côté des parents, « ce n’est pas mieux », selon la Première Vice-Présidente de la commission des lois, puisque d’après le sondage réalisé par le Journal des Femmes, début 2015, 69% des parents jugent que la réforme a un impact négatif sur leur enfant. 80% des parents ont même trouvé leur enfant plus fatigué depuis la mise en place de la réforme.

« Comble de l’ironie, pour une réforme qui se voulait à l’écoute des rythmes d’apprentissage et de repos des enfants ! Comme quoi, il n’y a pas qu’au sommet de l’Etat que le désormais fameux « Oui, ça va mieux ! » - complètement déconnecté de la réalité -, fait des émules. » a finalement conclu le Sénateur TROENDLE.

Sans amener de réponses précises, face aux critiques des Sénateurs, et s’enfermant dans son leitmotiv, la Ministre a précisé : « Le rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale, que j’ai rendu public en juin 2016, s’il estime prématuré de mesurer les bénéfices pédagogiques de la réforme, fait des recommandations dont j’ai tenu compte pour renforcer l’accompagnement des enseignants. Avec les nouveaux programmes, la cinquième matinée est très appréciée par ces derniers ».

Enfin, en ce qui concerne le coût de la réforme, pour les collectivités, la Ministre a précisé : « Depuis 2013, l’État a versé 830 millions d’euros d’aides auxquelles il faut ajouter 1,2 milliard d’euros d’aides de la CAF - 539 millions en 2016.
J’ai entendu les demandes de simplification, nous y travaillons.
L’AMF demande une compensation intégrale des dépenses mais ce n’est pas la règle quand le service est facultatif », bien que pour le Sénateur TROENDLE, il s’agisse, en réalité, d’un transfert de charges, non compensé.

La Ministre a finalement conclu : « La réforme est désormais installée. Nous n’avons pas besoin de polémiques inutiles, nous avons besoin de prolonger la dynamique à l’œuvre sur le terrain, dans l’intérêt de tous les enfants ».

Le Sénateur TROENDLE ne peut que regretter que la Ministre se soit encore montrée sourde à la réalité des faits et des chiffres.