Fabienne Keller : « Alstom : une décision improvisée et contre-productive ! »

L’État se retrouve dans une situation où il ne peut plus prendre une bonne décision. Il est désormais au pied du mur, faute d’avoir agi assez en amont et pris en compte le creux de commandes connu depuis longtemps.

Il prend aujourd’hui une décision politique, de communication, visant à « sauver » Alstom d’une situation qu’il a lui même participé à provoquer faute d’une réelle stratégie ferroviaire à moyen et long terme. Une décision improvisée, qui peut même s’avérer contre-productive.

D’abord, l’improvisation de l’État dans ce dossier l’a conduit à réaliser une commande totalement inadaptée aux besoins des voyageurs et de la SNCF. L’État va notamment acheter 15 rames TGV qui vont circuler sur des lignes intercités à moindre vitesse. Or, au moment où le Gouvernement est dans une situation budgétaire plus que précaire, on peut se demander s’il est vraiment pertinent de payer au prix fort des rames TGV pour circuler à la même vitesse que les intercités.

Ensuite, cette décision est contre-productive car elle aura à terme un impact encore plus lourd sur l’emploi. En effet, cette commande qui vise à créer de la charge de travail à Belfort aura un impact négatif sur celle du site de Reichshoffen qui construit les rames Intercités. En somme, l’État déshabille le site de Reichshoffen pour habiller celui de Belfort.

Or, compte tenu du creux de charge du site de Reichshoffen à partir de 2018, nous pouvons craindre que la décision de l’Etat finisse par déstabiliser ce site. En somme, en voulant « sauver » les 500 emplois de Belfort, l’État pourrait bien fragiliser les 1000 emplois de Reichshoffen.

Au final, il s’agit d’un « rafistolage » à court terme qui vise à sauver les apparences mais qui ne constitue en rien une réelle stratégie industrielle et ferroviaire.