André Reichardt : « De l’islam en France à un islam de France »

Dans un climat propice aux tensions, évoquer l’Islam est sensible et n’est que trop souvent sujet à des amalgames avec « l’islamisme radical ». Empreinte d’ouverture et de réalisme, la mission sénatoriale d’information sur l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France et de ses lieux de culte, dont j’étais corapporteur, s’est néanmoins attachée à mener ses réflexions sur des sujets d’actualité, tels que la formation des imams et aumôniers musulmans, le financement du culte musulman et la représentativité des institutions musulmanes auprès des pouvoirs publics.

Dans le cadre de ses travaux, la mission d’information s’est déplacée dans de nombreux lieux de culte, en France comme à l’étranger, notamment à Londres, à Rabat et à Alger et a entendu plus de 115 personnes, à savoir des représentants des organisations et des fédérations musulmanes françaises, des imams et aumôniers musulmans, des universitaires et islamologues, des opérateurs de la filière halal, des représentants de l’enseignement confessionnel et des instituts de formation des ministres du culte musulman, etc. C’est donc au terme d’un processus largement concerté que le rapport d’information, tel qu’il a été rendu public le 6 juillet dernier sous l’intitulé « De l’Islam en France à un Islam de France : établir la transparence et lever les ambiguïtés », propose un certain nombre de pistes en vue d’une meilleure compréhension des enjeux de l’Islam en France, tout en suivant une ligne directrice claire : le respect des principes de laïcité et de la liberté de conscience.

En effet, s’il convient de privilégier la libre administration des cultes au regard du caractère intangible de la loi de 1905 et de l’impossibilité de transposer la pratique concordataire du droit alsacien-mosellan, force est de constater cependant que la religion musulmane, dans son versant sunnite majoritaire en France, se caractérise par l’absence d’un clergé constitué et hiérarchisé. En ce que chaque fidèle est susceptible d’être un ministre du culte, sous réserve d’être désigné comme tel par sa communauté, la question de la formation des imams aumôniers musulmans se pose réelle¬ment. Afin de combattre les interprétations radicales des textes, nous insistons sur la nécessité d’organiser une formation religieuse et profane, reposant sur des programmes définis par un conseil scientifique unique, composé de théologiens et d’universitaires spécialisés en islamologie, sociologie ou philosophie, à destination des imams français comme étrangers.

L’ensemble de ces considérations mettent également l’accent sur la nécessité de contrôler le financement du culte musulman. Sur ce point, la mission recommande de procéder à une dissociation entre les activités strictement cultuelles, assurées par une association à vocation exclusive, et les autres activités relevant, quant à elles, d’une association soumise à la loi généraliste de 1901. L’on considère ainsi que la création d’une fondation ayant une dimension exclusivement culturelle, que l’on dénomme « Fondation de l’Islam de France » dans le rapport, permettrait de faire transiter les fonds étrangers en toute transparence. En outre, bien que les membres de la mission saluent les efforts réalisés par le Conseil français du culte musulman en vue d’instituer un véritable dialogue entre les instances étatiques et la « communauté musulmane », ils estiment toutefois nécessaire de revoir les modalités de son fonctionnement afin de tenir davantage compte des exigences de représentativité.