Fabienne Keller : « 19 élus en faveur du maintien des trains de nuits et de l’emploi industriel »

Alain Vidalies, Secrétaire d’État en charge du Transport, a annoncé sa volonté de supprimer à partir du 1er Octobre 2016 4 lignes de train de nuit. En octobre 2017 se seront 2 lignes supplémentaires qui seront supprimées soit au final 75% de l’ensemble des lignes de nuit.

Avec 16 maires de tous les territoires de France, le président des Régions de France et la présidente des Villes de France nous condamnons ces fermetures et nous demandons à Alain Vidalies, Secrétaire d’État en charge du Transport, de revenir sur cette décision.

D’abord parce que nous croyons à l’avenir du train et notamment celui du train de nuit. Il s’agit d’un mode de transport comportant de nombreux avantages, notamment en terme de coût ou en terme environnemental.

Ensuite, parce que nous défendons l’emploi et nos fleurons industriels. Derrière la volonté de supprimer 6 lignes de nuit se cache surtout la volonté de ne pas financer le renouvellement des rames vétustes qui parcourent actuellement ces lignes.

La fin annoncées de 6 lignes de nuit est donc le symbole d’un État qui ne veut plus investir et ne nourrit plus le marché intérieur d’entreprises nationales comme Alstom. Cette stratégie d’économies à court terme a un impact fort sur l’emploi, comme nous le constatons à Belfort.

Plutôt que d’investir dans le ferroviaire pour consolider l’emploi, l’État se voit contraint de financer le chômage. La décision de fermer des lignes de train de nuit sera donc coûteuse pour l’Etat et offrira un service moindre aux usagers du train. C’est un système perdant-perdant.

La décision de supprimer des lignes de nuit est donc un non sens stratégique et le résultat d’une gestion politique et budgétaire à la petite semaine. Une gestion avec pour seul horizon la présidentielle de mai 2017, bien éloignée de celle d’un « État stratège » qui investit et qui participe à créer de la croissance.

Monsieur le Ministre,

Le 21 juillet dernier, vous avez annoncé la suppression de 4 lignes de train de nuit à partir du 1er octobre 2016.

Les lignes appelées à disparaître cet automne sont celles reliant Paris à la Savoie (Saint-Gervais et Bourg-Saint-Maurice) et à Albi, ainsi que celles reliant Strasbourg et Luxembourg à Nice et Portbou (Espagne). Quant aux lignes reliant Paris à Irun (Espagne) et Paris à Nice, elles ne bénéficieront que d’un sursis, respectivement jusqu’en juillet et octobre 2017.

Ainsi, sur 8 lignes actuellement en service, 6 d’entre elles sont remises en cause. Cette décision réduit fortement l’offre ferroviaire proposée par la SNCF aux personnes souhaitant voyager de nuit.

Nous ne nions pas que ce choix trouve son fondement dans les pertes importantes enregistrées par les lignes de nuit. Pour autant, cette situation n’est pas la conséquence d’un désintérêt des voyageurs pour ce mode de transport mais d’une offre inadaptée à leurs aspirations.

En effet, depuis maintenant des années, comme le révèle le rapport annuel de la Cour des Comptes de février 2015, la SNCF et l’État n’investissent plus réellement dans les lignes de nuit. Le confort des cabines est devenu de plus en plus spartiate de façon à détourner peu à peu sa clientèle traditionnelle. La baisse de rentabilité de ces lignes est donc aussi de la responsabilité de l’État.

Pour notre part, nous sommes convaincus que les trains de nuit pourraient séduire une nouvelle clientèle si le confort était au rendez-vous, si le service proposé en cabine était repensé, si l’État consentait à investir dans ce mode de transport.

Nous croyons à l’avenir du train de nuit d’abord parce que le temps réellement passé à voyager n’est pas forcément si différent de celui de l’avion dès lors que l’on prend en compte toutes les contraintes inhérentes aux voyages aériens (attente embarquement, contrôle des bagages, distance de l’aéroport etc…).

Par ailleurs, voyager en train de nuit c’est aussi économiser une nuit d’hôtel (voire une deuxième lors du retour) et arriver dès le petit matin afin de profiter au maximum de sa journée de vacances ou de travail.

Enfin, promouvoir le train de nuit, c’est promouvoir un mode de transport écologique en cohérence avec notre volonté de réduire les gaz à effet de serre. C’est promouvoir aussi un maillage territorial qui profite aux Français résidant dans des communes peu desservies.

Oui, le train de nuit a de l’avenir mais cela nécessite une réelle volonté politique qui vise à le rendre plus attractif, proposer des cabines modernes et accueillantes. En somme, proposer une expérience particulière qui pourrait résolument trouver son public et rendre un véritable service au public.

Nous avons le sentiment que, ces dernières années, tout n’a pas été fait pour promouvoir le train de nuit. Nous souhaitons ainsi vous demander de reconsidérer les fermetures prévues de lignes et de donner enfin à ce mode de transport un nouvel avenir.

Un tel choix politique serait alors une décision forte, un « marqueur » qui démontrerait votre ambition de promouvoir le transport ferroviaire et le nécessaire maillage de tous les territoires de la République.