Gérard Larcher : « La ruralité se sent abandonnée » L’Echo Républicain

Gérard Larcher (LR), président du Sénat, viendra défendre la ruralité et son avenir, demain, à Illiers-Combray, car, selon lui, « c’est une chance pour la France ».

Son bureau est à Paris et ses racines à Rambouillet (Yvelines), dont il fut maire pendant trente et un ans. Mais son cœur, continue de battre pour ce monde rural qu’il connaît particulièrement bien, notamment à travers son activité de vétérinaire équin. Gérard Larcher (LR), président du Sénat, participe, demain, à Illiers-Combray, au premier rendez-vous des assises sur l’avenir de la ruralité, initiées par le Conseil départemental d’Eure-et-Loir.

En milieu rural, les services reculent, l’activité économique et le commerce disparaissent. Est-ce une fatalité ?

Non, au contraire. La ruralité reste une chance pour la France. Certes, elle traverse une période difficile. Mais elle a surtout le sentiment, et la crise agricole aggrave cela, d’être un peu oubliée, abandonnée, quand ce n’est pas méprisée. Le sentiment d’une partie de ces territoires, et l’Eure-et-Loir n’y échappe pas, est de ne plus compter. Il y a un an, un maire m’a dit : « Au Sénat, vous ne votez des lois que pour quelques régions ou métropoles puissantes, comme si nous n’étions plus intéressants. » Ce message, je l’ai reçu 5 sur 5. Il faut décoder les votes aux élections régionales. Le score du Front national a été extrêmement élevé. Est-ce par adhésion à ses idées ?? Non. C’est un cri d’alarme sur le sentiment d’abandon. La démarche qui est conduite en Eure-et-Loir est une démarche que je souhaite partager. Il va également y avoir un débat sur la ruralité dans les Yvelines. Il y a une prise de conscience.

Quel message allez-vous passer ce jeudi, à Illiers-Combray ?

Celui de l’importance de construire un projet par territoire, notamment départemental, en lien avec le futur découpage intercommunal de 2017. Quels vont être les projets ?? Est-ce qu’il y a un schéma départemental des maisons de santé ?? Est-ce qu’il y a un nouveau concept de service public ?? La nouveauté, ça ne peut pas être que des écrans tactiles, il faut maintenir le lien social. Il y a aussi la question du commerce multiservices, de l’accès aux soins, de l’offre de transport et du déploiement numérique. Le problème ne se pose pas que dans le fin fond du Massif Central. Je suis heureux que le président du Conseil départemental d’Eure-et-Loir m’ait invité à ouvrir ces assises de la ruralité. Je pense que c’est la tâche du Sénat. Le territoire, y compris rural, est un et indivisible.

L’une des technologies qui réinjectent des services en milieu rural est la téléconsultation médicale.

La téléconsultation et la télétransmission apportent plus de qualité et répondent à un besoin de la nouvelle génération de médecins de travailler en équipe et en lien avec un centre hospitalier et des spécialistes. Ça répond à la qualité de l’offre de santé, ça sécurise les habitants sur le territoire rural et ça permet de rendre attractive l’installation en territoire rural d’une nouvelle génération de médecins ou d’infirmières.

« Un territoire n’est attractif que s’il est accessible »

Le Département est-il le bon maillon, en termes de proximité, pour s’emparer de cette problématique de la ruralité ?

Quand nous avons débattu sur la loi NOTRe, il y a deux ans, souvenez-vous que le Département devait disparaître ?! Il n’y aurait plus que des intercommunalités et des Régions. Quand j’ai été réélu président du Sénat, j’ai demandé au président de la République de remettre tout ça en perspective. Aujourd’hui, le Département a deux missions principales : la proximité sociale et territoriale. Qui est proche, aujourd’hui, du couple Commune-intercommunalité ?? C’est le Département. Mais sur de très grandes infrastructures, comme le prévoit la loi NOTRe, c’est la responsabilité de la Région.

La légitimité du Département reste contestée.

La loi a été adoptée et fixe la mission du Département. Il faut lui donner les moyens financiers et clarifier un certain nombre de compétences. Notamment les compétences partagées, comme la culture, le très haut débit.

Comment réinjecter de l’activité économique, des commerces en milieu rural ?

Il faut jouer sur le partenariat entre le Département et la Région, qui possède la compétence économique. Un territoire n’est attractif que s’il est accessible, desservi par les transports collectifs, avec une offre de santé. À partir de ça, la revitalisation des bourgs centres se fait naturellement. Il y a aussi des outils, comme le fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce ou les nouveaux concepts de service public. C’est une affaire de volonté. Il faut une politique d’aménagement du territoire du XXIe siècle. Quand le général de Gaulle est arrivé, on parlait depuis quinze ans de Paris et du désert français. Aujourd’hui, on ne peut pas se contenter de Paris, de quelques métropoles et d’une forme de désert français. C’est ce sur quoi le Sénat souhaite s’engager. Des villes importantes peuvent jouer un rôle d’armature essentiel, y compris en Eure-et-Loir : Dreux, Chartres, Châteaudun. Mais je ne peux pas me satisfaire du fait qu’une partie du Perche a le sentiment d’être abandonnée.