François-Noël Buffet : « Calais : le contrôle de la frontière ne peut plus rester en l’état ! »

Il est tout à fait envisageable de revenir sur l’accord du Touquet sur le plan technique, puisque ce traité de 2003 prévoit une clause de sortie dans un délai de deux ans. Par ce traité bilatéral, Londres externalise ses contrôles douaniers en France, y compris dans les ports. La contrepartie à l’époque était la prise en charge ponctuelle de migrants sur son sol. On peut aujourd’hui se poser la question de sa pertinence, alors que le peuple britannique a choisi par référendum de quitter l’Union européenne. Mais surtout, le contrôle de la frontière ne peut plus rester en l’état. Je ne veux pas dire qu’il faut entrer en conflit ouvert avec notre voisin et laisser passer tous les migrants. Je dis simplement que nous devons rediscuter, car la situation est devenue hors de contrôle à Calais.

Lorsque l’accord du Touquet a été conclu, le contexte était très différent. C’était après la fermeture de Sangatte. À l’époque déjà, on estimait que la situation était intenable avec 1 200 migrants présents dans le hangar géré par la Croix-Rouge. Aujourd’hui, on ne peut plus rester sur la même base. Le nombre de candidats à l’exil est passé à 2 000 en juillet 2015, puis 4 000 en septembre, 6 000 en janvier 2016, pour atteindre près de 10 000 aujourd’hui... Sans parler de la dimension humanitaire, qui doit être prise en compte, force est de constater que la méthode mise en place par le gouvernement pour désengorger la région ne fonctionne pas et qu’il faut essayer autre chose.

Comme pour toute négociation, c’est à la France de se placer en position de force pour revenir sur la gestion de Calais. Il faut du courage politique. Le gouvernement redoute le contrecoup économique que provoquerait la dénonciation de l’accord du Touquet, mais on ne peut pas dire que le statu quo actuel favorise les échanges marchands dans la région. Bien au contraire, beaucoup de transporteurs privilégient maintenant d’autres ports plus au nord de L’Europe, ou en France à Cherbourg. Les Anglais pourraient eux-mêmes être sensibles à cet argument, car la situation à Calais a aussi des conséquences sur les délais de livraison des matériaux et des biens. Bien sûr, la question de la sécurité intérieure et de la coopération antiterroriste entre les deux pays entre dans les discussions. Sûrement au bénéfice des Anglais, qui disposent de moyens importants. Mais je ne peux pas croire que cet élément, même de poids, rende impossible tout échange sur un sujet aussi important que la gestion commune d’un site international comme Calais.