Gérard Larcher : « Le crépuscule d’un quinquennat » Le Figaro

LE FIGARO. - Sous quelle priorité souhaitez-vous placer cette rentrée sénatoriale ?

Gérard LARCHER. - La question économique et sociale est centrale. Le travail, la fiscalité, les entreprises doivent être au cœur de la campagne présidentielle car le pays est en panne, avec 2 135 milliards de dettes, trop peu de croissance et un nombre de chômeurs extraordinairement élevé, plus de 600 000 de plus depuis 2012.

Le parquet a demandé le renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l’affaire Bygmalion. Cela peut-il bouleverser la primaire ?

Dans un État de droit, la présomption d’innocence est la règle. Elle doit être prise en compte. Il ne faudrait pas la renverser en présomption de culpabilité. Pour moi, Nicolas Sarkozy, comme tout citoyen, jusqu’à une éventuelle condamnation, est innocent. Il faut rappeler ce qu’est l’État de droit, notamment à une certaine gauche qui nous en parle tous les jours.

La volonté d’apaisement, exprimée lors du campus des Républicains à La Baule peut-elle tenir ?

Elle doit tenir. Concrètement, je veux un vrai débat et de vrais échanges. L’expression d’accords et de désaccords est légitime et naturelle sur des sujets aussi importants que l’entreprise, la fiscalité ou la question migratoire. Le pire serait une campagne totalement aseptisée. Mais je ne veux pas une campagne de phrases successives acides. Nous ne devons pas rater ce débat que les Français attendent.

Êtes-vous pour un code de bonne conduite comme le propose Alain Juppé ?

Peu m’importe qu’elle soit codifiée ou pas. C’est pour moi une exigence.

François Fillon, votre favori de la primaire, est-il dans cet état d’esprit ?

En tous les cas, il a fait du principe de l’éthique un principe de référence. François Fillon a mon soutien. Il est, de plus, mon ami. Les amis se disent les choses, je lui ai exprimé mes réserves à faire parler le général de Gaulle.

Quels seraient les risques d’un incendie de la primaire ?

Je n’y crois pas. La conséquence serait désastreuse pour notre famille politique. Je crois à un vrai choix pour cette primaire, le plus important sera de se rassembler le soir du 27 novembre. Je serai parmi les premiers.

Le risque pour NKM de ne pas avoir suffisamment de parrainages pour la primaire représente-t-il une menace pour l’image des Républicains ?

Je souhaite la diversité des idées et je souhaite qu’elle puisse obtenir ses parrainages. C’est une voix, elle participe au débat, mais nous avions fixé des règles en bureau politique. Nous devons les appliquer sans les changer en cours de route. Cela est essentiel.

Quand Bruno Le Maire se voit prêter des propos qu’il n’a pas tenus ( « nos femmes » ), êtes-vous inquiet pour la qualité du débat ?

J’étais présent lors de son discours. Je suis consterné quand je vois des chaînes d’infos et des ministres se précipiter sur les réseaux sociaux pour dire n’importe quoi avant de vérifier les informations. Face à l’immédiateté et la sur-réactivité, nous devons être vigilants. Il y a des principes, des valeurs à respecter.

Samedi à Brachay, Marine Le Pen est apparue très confiante pour la présidentielle. Comment la droite doit-elle appréhender cette concurrence ?

En tenant un discours de vérité. Très calmement mais de manière déterminée. Si nous réussissons la primaire, nous serons rassemblés sur un projet, les choses seront claires pour les Français et plus compliquées pour Marine Le Pen. Mais il faut entendre les messages, ceux des régionales en décembre dernier et ceux venant d’Allemagne, ce week-end. Les élections locales doivent toujours être considérées comme des signaux très forts. La question migratoire sera une question très importante. Nous devons la régler et ne pas laisser aux approximations xénophobes le soin de le faire. Cela nécessite une vraie politique en direction de l’Europe.

Vous aviez déploré « un quinquennat pour rien » . À huit mois de la présidentielle, maintenez-vous cette critique ?

J’ai bien peur que cela soit plus préoccupant. C’est le crépuscule d’un quinquennat. Le bilan de François Hollande, c’est : un niveau historique de dette publique à 97,5 % du PIB, un déficit à 3,6 % au-dessus de tous les objectifs, l’emploi et la croissance qui ne décollent pas vraiment. Entre Montebourg d’un côté et Macron de l’autre, son espace politique ne me semble pas bien large. Le gouvernement a tendance à se déchirer. Il ne va plus rien se passer. Le texte sur la citoyenneté, que nous allons examiner au Sénat à la rentrée, relève plus de la psychanalyse de gauche.

Ne croyez-vous pas en sa capacité de rassembler la gauche, le moment venu, sur le thème « tout sauf la droite » ?

Ce sont de vieilles recettes. 85 % des Français ne veulent plus de François Hollande. Cela ne veut pas dire qu’ils ont de l’appétence pour nous, ça viendra, mais cela signifie clairement qu’ils rejettent sa politique. Et même dans son propre camp.