Question d’Ambroise Dupont - Sénateur du Calvados

Ambroise Dupont - Action internationale du Louvre

Ambroise Dupont :

Ma question s’adresse à M. le ministre de la culture et de la communication.

Monsieur le ministre, les médias nous l’apprennent, la polémique enfle autour de certaines opérations du Louvre. Vous l’aurez compris, je fais référence au prêt d’oeuvres au musée d’Atlanta et au projet de construction d’un « Louvre » à Abu Dhabi.

Les évolutions du temps et, pourquoi ne pas le dire ? la mondialisation, font évoluer les pratiques, ce qui est normal. L’objet de la polémique d’aujourd’hui n’est cependant pas nouveau. Déjà du temps d’André Malraux et du général de Gaulle, la question des prêts avait suscité un grand débat avec le prêt de la Joconde. Le général de Gaulle avait tranché. Finalement, la France en avait tiré une notoriété considérable ; je vous renvoie au compte rendu de l’époque.

Aujourd’hui, d’autres questions se posent.

Par leur dimension, leur durée et leur ambition, ces nouveaux projets marquent, à n’en pas douter, un changement d’échelle et sans doute aussi un changement de nature par rapport aux pratiques habituelles en matière de prêt d’oeuvres ou d’appui technique.

Certaines questions reviennent avec insistance : par leur ampleur et par leur durée, les prêts envisagés ne risquent-ils pas de léser le public, français ou étranger, de nos propres musées, particulièrement si ces prêts portent sur plusieurs oeuvres de premier plan ? Quelle part aurons-nous dans la conception et le contenu de ces expositions ?

Par ailleurs, le savoir-faire du Louvre en matière d’ingénierie culturelle est un grand atout ; il ne me paraît pas choquant qu’il soit valorisé, bien au contraire, quand le Louvre prend en charge la conception des expositions, comme à Atlanta.

Le projet de Louvre à Abu Dhabi, piloté par la Direction des musées de France, est d’une nature différente, me semble-t-il. Si, là encore, la valorisation à l’étranger du savoir-faire français participe au rayonnement de la France, ce dont je me réjouis, les conditions d’insertion de ce projet doivent être à la hauteur du grand établissement qu’est le Louvre.

La cession du label « Louvre », qui n’est pas dans les traditions de nos musées, ne pose-t-elle pas une véritable question de fond, de nature politique ?

Enfin, monsieur le ministre, nous sommes très sensibles aux efforts d’une gestion managériale efficace, qui ouvre nos collections à des publics plus larges en générant de nouvelles ressources. Dans quelle mesure les bénéfices de ces expositions et prestations seront-ils réinvestis dans des politiques au service de nos musées, de leurs publics et de leurs collections ?

Un grand journal du soir d’hier apporte des précisions sur un certain nombre de questions. Cependant, monsieur le ministre, c’est de votre bouche que nous souhaitons connaître vos choix. Au-delà de la polémique et de ces questions à multiples entrées, quelle est votre ligne politique sur ces sujets sur lesquels nous nous réjouissons de constater le rayonnement de la France ?

La réponse de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication.

Monsieur le sénateur, pour le gouvernement de Dominique de Villepin, auquel je suis fier d’appartenir,la culture fait partie de notre volonté de dialogue entre les civilisations, de rayonnement et de valorisation. D’ailleurs, il s’agit non pas uniquement de la valorisation des oeuvres d’art, mais également de la reconnaissance du talent des équipes françaises ; je pense aux conservateurs, aux restaurateurs, à celles et ceux qui ont la charge, la vocation et la passion de faire rayonner la culture de notre pays.

Oui, ce gouvernement, sous l’impulsion du Président de la République, a pris la décision d’installer le Louvre à Lens !

Mais nous avons également pris la décision de répondre aux sollicitations extérieures : Shanghai, Atlanta et Abu Dhabi nous sollicitent pour faire rayonner les oeuvres et les talents français, notre patrimoine et notre savoir-faire.

Il n’est d’aucune manière question de remettre en cause les fondamentaux de la politique culturelle de nos musées. Il s’agit non pas de remettre en cause le caractère inaliénable des oeuvres du patrimoine français, mais de faire circuler et rayonner celles-ci partout dans le monde.

La durée d’exposition sera limitée. Seuls 5 % de nos trésors sont exposés ; les autres se trouvent dans des coffres. C’est une manière de valoriser l’image de notre pays !

Grâce à l’arbitrage du Premier ministre, et je l’en remercie devant vous tous,le produit de ce rayonnement des musées français sera non pas reversé dans la caisse générale du budget de l’État, mais affecté à des investissements pour les musées nationaux. Nous sommes dans une logique « gagnant-gagnant ».

Aux esprits grincheux, je dirai que la force de notre politique culturelle est d’assurer le rayonnement de notre pays !