Jean-Pierre Raffarin : « Les Français demandent un État fort » Famille Chrétienne

Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, revient sur la responsabilité qui incombe aux responsables politiques après le meurtre odieux du Père Jacques Hamel. Il préconise notamment la création d’une garde nationale dont une des missions serait la protection des églises.

Quelle est votre réaction de catholique et d’homme politique après un meurtre aussi barbare qui touche un vieux prêtre de campagne ?

Au-delà de l’horreur, ma tristesse est immense. Quoi de plus monstrueux que l’assassinat de la bonté. En tant que responsable politique je souhaite une République impitoyable et une révision complète de nos politiques pénale, pénitentielle et de sécurité…

En tant que chrétien, je crois qu’il nous faut tout faire pour éviter le piège qui nous est tendu : la guerre de religion comme levier de la guerre civile. L’esprit de Pâques est à la fois notre force et notre espoir. Ces circonstances montrent aussi la force de la prière : non pas « la prière invocation », mais « la prière rencontre », celle qui rappelle l’essentiel. La société peut comprendre que l’Église catholique peut lui être utile pour armer nos âmes contre la violence.

Peut-on imaginer que la France, fille aînée de l’Église, puisse devenir une zone de danger pour les chrétiens à l’instar du Proche-Orient ?

La France est très exposée dans la lutte contre Daesh. Elle est d’évidence une zone de danger. Elle doit se protéger davantage. Notre laïcité et nos racines chrétiennes sont simultanément menacées. C’est donc une double menace.

Après l’attentat déjoué de Villejuif et l’assassinat de Saint-Étienne-du-Rouvray la sécurisation des églises est-elle vraiment assurée dans notre pays ?

Nos églises ne sont pas effectivement protégées. Il faut pourtant réagir à cette folie meurtrière. D’une manière générale, je suis partisan de la création d’une garde nationale dont ce type de surveillance pourrait être une part de la mission. Nous venons d’adopter un rapport au Sénat sur le sujet. Il sera très prochainement présenté au président de la République.

Peut-on dire que le combat principal contre l’État islamique se livre en France et non en Syrie ?

Je m’interroge aussi sur notre action en Syrie : est-ce que notre implication au Levant est la meilleure utilisation de nos moyens pour « terrasser le terrorisme » chez nous ?

Je pense en effet qu’un redéploiement de nos forces en faveur du territoire national doit être envisagé. La coalition au Levant cumule les ambiguïtés et les arrière-pensées. Nos accords ne sont que partiels avec la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite… La France ne doit pas changer son message historique : la guerre peut être nécessaire, elle est rarement suffisante. La force de la France, c’est d’inventer des solutions politiques. Nous ne sommes ni un « pays faucon » ni un « auxiliaire du gendarme du monde". Même dans les cas les plus désespérés, nous devons croire au dialogue. J’étais le Premier ministre de Jacques Chirac en 2003, contre la guerre en Irak, cela ne s’oublie pas !

Faut-il adopter des lois d’exception pour lutter contre l’islamisme alors que l’état d’urgence vient d’être prorogé ?

La civilisation ne lutte contre la violence qu’avec le droit et l’éthique. La fermeté ne s’exprime pas par le volume de la voix ou par des postures belliqueuses. La fermeté consiste à se donner des règles légitimes et à les appliquer strictement, y compris à soi-même. L’État de droit peut être renforcé, il ne peut être contourné.

L’unité nationale est-elle possible contre un nouvel ennemi commun redoutable alors que la classe politique se déchire ?

Ce que l’ennemi cherche, c’est nous diviser. Il ne faut donc pas tomber dans ce piège.

Mais l’unité du pays c’est la mission essentielle du président de la République. C’est à lui de créer les conditions du rassemblement. Il doit écouter l’opposition quand, au Parlement, elle propose des réformes. Sa communication doit être désintéressée et sobre. Chacun doit se sentir représenté par lui. Le Président doit donc toujours être dans le camp de la vérité et prendre de la hauteur. Aujourd’hui, il n’y a pas de différence entre les deux premières fonctions de la République. La présidence n’est pas à la bonne altitude.

La menace terroriste et les questions autour de l’identité vont-elles prendre tout l’espace de la campagne des primaires et de la présidentielle ? Si oui, à juste titre ?

Depuis déjà deux ans, je dis que la présidentielle se fera dans une situation d’extrême gravité. Nous quittons l’ère du marketing avec des promesses telles que « demain tout est possible » ou « le changement c’est maintenant ». Nous serons dans le temps de la solidité. Les Français ne supportent plus du tout les postures, ils veulent de l’action. Ils demandent « un État fort », ils choisiront le candidat le plus crédible et le plus solide.